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décembre 2019

XAVIER HUILLARD, PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL DE VINCI

Nous avons réalisé cet entretien à la suite de la rencontre de Xavier Huillard avec des élèves et anciens élèves Mineurs à MINES ParisTech, à l’invitation de Jean-Yves Koch, président de Mines Nancy Alumni. Son parti pris est fort: aborder la RSE à la fois comme un défi citoyen et comme une opportunité au service de la performance globale de l’entreprise.


 Xavier Huillard

Comment abordez- vous la question de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises ?

La question est aujourd’hui vitale. Il y a 15 ans, réfléchir à la pérennité d’une entreprise était principalement un sujet de stratégie, de marchés, de business, de performance économique. Aujourd’hui, le sujet est infiniment plus vaste : nous devons nous interroger dans le même temps sur notre utilité sociale, sociétale et environnementale. Nos sociétés contemporaines attendent de plus en plus des entreprises. Dans un monde en perte de repères, où monte la défiance vis-à-vis des politiques, des institutions, des experts, où le tissu social est de plus en plus fragmenté, les citoyens attendent des entreprises qu’elles jouent en quelque sorte un rôle de stabilisateur, qu’elles aient réellement le souci de contribuer au bien commun - et qu’elles le prouvent.

Cette attente est d’autant plus légitime vis-à-vis d’un groupe comme VINCI. D’abord en raison de notre dimension: avec 220 000 collaborateurs, dont près de 100 000 en France, plus de 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires, une présence dans une centaine de pays, nous avons un impact majeur sur l’économie et sur l’emploi dans les régions où nous sommes présents. Ensuite, par nos métiers (la construction, la promotion immobilière, les travaux routiers et aménagements urbains, l’ingénierie électrique et télécom, les autoroutes, les aéroports...), nous sommes au cœur des grands enjeux du monde d’aujourd’hui et de demain que sont le développement urbain, la sobriété et la transition énergétique, la mobilité, l’environnement.

Cela fait de VINCI un groupe dont la vocation  est  de  faire  œuvre  utile, comme nous l’affirmons dans la campagne de communication que nous avons lancée ces derniers mois. Nous nous voyons comme une entreprise privée d’utilité publique, et nous avons de surcroit un devoir d’exemplarité en tant que leader.

    

Comment répondez-vous effectivement à ces enjeux dans l’exercice de vos métiers ?

Nous avons développé une vision globale de la performance, qui va au-delà de la performance technique de nos projets ou de la performance économique de nos entreprises. C’est ce que nous affirmons dans notre Manifeste, qui est le document fondateur de notre VINCI Way. Nous y prenons des engagements sur tous les volets qui concourent à cette performance globale : la mise en place de parcours professionnels durables, le partage de la valeur avec nos collaborateurs, le dialogue et la concertation avec l’ensemble des parties prenantes de nos projets, la préservation de l’environnement et de la biodiversité, l’insertion sociale par le biais de nos chantiers, les actions citoyennes menées par nos collaborateurs et appuyées par le Groupe à travers nos fondations...

Cela signifie que nos façons de faire et les engagements qui les accompagnent nous définissent au moins autant que nos expertises techniques. Cette vision de la performance globale est une composante essentielle de notre culture, et mon rôle de patron consiste pour une large part à faire vivre cette vision auprès de nos équipes, comme je l’ai fait par exemple ces derniers mois au cours d’un road-show interne qui m’a conduit à rencontrer près de 8 000 managers de VINCI dans le monde. Dans un groupe multi-local et ultra-décentralisé comme le nôtre, dont tout le système de management, toute l’efficacité et l’agilité reposent sur l’autonomie et la responsabilité, c’est l’adhésion de nos équipes qui fait notre capacité d’action. C’est par leurs multiples initiatives, sur les chantiers que nous réalisons ou sur les infrastructures que nous gérons, que nous concrétisons au jour le jour notre objectif de performance globale.

Dans le même temps, le rôle du Groupe est de donner du sens à toutes ces initiatives du terrain en les inscrivant dans une perspective, dans une ambition collective. C’est le sens du travail que nous venons d’engager pour définir notre raison d’être, dans le prolongement de la campagne de communication que je viens d’évoquer. L’objectif est d’expliciter le “pourquoi” de nos actions et de nos réalisations, après le “quoi” et le “comment”. Et puis, sur le fond, pour nourrir ce sens, il est indispensable de lancer des chantiers collectifs qui ont en commun d’élever le niveau d’exigence que nous nous appliquons à nous-mêmes dans les divers champs de la performance globale.

Pouvez-vous nous donner des exemples d’initiatives qui concrétisent votre ambition de responsabilité sociale ?

Je prendrai deux exemples. Le premier, tourné vers nos salariés, concerne le partage de la valeur : nous avons avec patience et détermination développé l’actionnariat salarié au point que 120000 collaborateurs sont aujourd’hui collectivement le plus gros actionnaire du groupe, avec environ 10% du capital, soit 6 milliards d’euros.

Le second concerne notre politique d’insertion des jeunes. En 2019, nous avons pris l’engagement d’accueillir chaque année en France 5 000 collé­giens issus de zones d’éducation prio­ritaire pour un stage de découverte en entreprise. La mobilisation au sein de nos pôles de métiers a été immédiate et vraiment spectaculaire. Peu d’entre-prises peuvent prendre un engagement aussi ambitieux. Chez VINCI, nous pou­vons le faire parce que nous connais­sons bien les quartiers en difficulté, nous y sommes des acteurs de la réno­vation urbaine, nous sommes déjà très impliqués dans le tissu social des terri­toires, et notre volonté est d’accentuer cette implication dans une période de fragmentation de nos sociétés.

  

Vos activités ont des impacts importants sur l’environnement. Comment abordez-vous cette responsabilité ?

Il faut souligner d’abord que nous avons développé au fil des années des exper­tises environnementales qui font désor­mais partie intégrante de nos métiers, dans des domaines tels que la perfor­mance énergétique des bâtiments, la préservation de la biodiversité dans le cadre des grands projets d’aménage-ment, le recyclage des matériaux, la dépollution des sols... Pour autant, nous savons tous que l’urgence climatique impose d’aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite, en opérant dans nos métiers un mouvement complet de réingénierie des modes de conception et de production. Nous sommes pleinement conscients qu’en matière de changement climatique, le bâtiment et les trans­ports, nos deux grands domaines d’activité, sont une grande partie du problème; mais nous sommes aussi convaincus que nous faisons largement partie de la solution.

Précisément, comment encouragez-vous l’émergence de solutions environnementales au sein de VINCI ?

Notre politique d’innovation est aujourd’hui orientée principalement vers les nouvelles réponses environnemen­tales. Eurovia, par exemple, a développé récemment deux innovations majeures, expérimentées en collaboration avec VINCI Autoroutes: Power road, la route qui produit de l’énergie thermique, et la route 100% recyclée. L’environnement est aussi au centre des projets proposés par nos Intrapreneurs et incubés au sein de Leonard, notre plate-forme d’innova-tion. On peut citer la création de start-ups comme Resallience, qui est un bureau d’études dédié à la résilience climatique des infrastructures et des bâtiments; ou encore Waste Market-place, une solution digitale de gestion des déchets de chantier; ou enfin SunMind, qui propose des centrales photovoltaïques en autoconsommation installées sur les toitures de nos clients. C’est aussi pour faire éclore de nouvelles solutions à valeur verte que nous venons de renouveler notre partenariat avec trois écoles de ParisTech (Mines, Ponts et Agro) pour la chaire d’écoconception des ensembles bâtis et des infrastruc­tures, avec l’objectif de resserrer encore, après dix ans de mécénat, les liens entre étudiants-chercheurs et entreprises du Groupe. C’est notamment dans le cadre de ce partenariat au long cours que nous avons créé avec AgroParisTech la start-up Urbalia, spécialisée dans l’intégration de la biodiversité et de l’agriculture urbaine dans les projets d’aménagement et de construction. Cette dynamique est en train de monter en puissance. Notre objectif est d’accélérer encore le développement d’offres à valeur verte, qui allient besoin du mar­ché, innovation et environnement. VINCI

Construction s’apprête par exemple à lancer une nouvelle gamme de bétons bas carbone, que nous expérimentons notamment sur le chantier de notre futur siège à Nanterre. Nos construc­teurs savent aussi réaliser des enve­loppes de bâtiments productrices d’énergie, avec leur gamme Activskeen. Tous ces exemples montrent que nos métiers sont effectivement porteurs de solutions face à l’urgence climatique.

Qu’en est-il de votre démarche environnementale concernant votre propre empreinte ?

En même temps que nous voulons être leaders en matière de solutions de crois­sance verte appliquées aux projets de nos clients, il est de notre devoir d’être exemplaires dans nos efforts pour réduire notre propre empreinte. C’est pourquoi nous allons nous engager en 2020 sur une nouvelle trajectoire de réduction de nos émissions de CO2, de notre consommation d’eau et de notre production de déchets. Là encore, cela implique de revisiter largement les pro­cessus de production et de fonctionne­ment de nos entreprises, et là encore, nous allons nous appuyer sur notre énergie managériale, afin de mobiliser la créativité et la capacité d’engagement de nos équipes pour atteindre des objectifs ambitieux. Les pistes d’actions sont multiples: elles vont de la rénova­tion énergétique et du déploiement de panneaux photovoltaïques sur nos aéroports, pour atteindre la neutralité carbone, jusqu’au couplage systéma­tique de nos carrières avec des installa­tions de recyclage dans notre filière de production de matériaux, en passant par le renouvellement de nos flottes de véhi­cules et d’engins de chantier.

Pour conclure, quel est votre message aux Mineurs et en particulier aux futurs ingénieurs qui pourraient rejoindre vos entreprises ?

Je voudrais leur dire que nous vivons une période où tout peut s’inventer, à condition de prendre vraiment la mesure des défis qui sont devant nous, et de se donner les moyens d’y répondre. Aujourd’hui, les entreprises doivent repenser leurs actions, leurs projets, leur fonctionnement en fonction de leur contribution positive aux enjeux du monde. C’est beaucoup plus complexe, plus ouvert, plus exigeant que dans le “monde d’avant”, mais c’est d’autant plus passionnant! L’époque est à nouveau aux entrepreneurs, et pour de jeunes ingénieur(e)s qui s’apprêtent à rejoindre les entreprises de notre secteur, il y a vraiment de quoi entreprendre, avec une liberté d’initiative que n’avaient pas leurs aînés. Aujourd’hui, tout change parce que tout est en mouvement, et c’est pré­cisément pour pouvoir se réinventer dans ce mouvement permanent que les entreprises ont besoin d’eux! ▲

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