Retour au numéro
Vue 1317 fois
octobre 2019

SYLVIE JÉHANNO, X-MINES 91, PDG DE DALKIA

SYLVIE JÉHANNO est diplômée de l’X puis des Mines de Paris. Si elle a effectué toute sa carrière au sein d’EDF, son parcours a été très varié. Dans son premier job, elle a ainsi été l’une des premières femmes manager d’une équipe d’exploitation. 

Elle a ensuite pris des fonctions commerciales, en BtoB puis BtoC, et pris la direction du marketing et grands comptes d’EDF. Elle a été nommée DG de Dalkia en janvier 2017, puis PDG en janvier 2018.

Sylvie est à l’initiative du concours ‘Women Energy in Transition’, qui valorise le parcours de talents féminins.


Lors d’une conférence Carrière aux Mines en mai dernier, vous avez parlé de la transformation de Dalkia. Quels en sont les enjeux?

Nous vivons simultanément deux grandes révolutions : celle de la lutte contre le dérèglement climatique, avec la croissance des énergies renouvelables et le développement des économies d’énergie, et en parallèle, la montée exponentielle du numérique. Ce sont des changements majeurs qui présentent des opportunités passionnantes car Dalkia est au cœur de ces transitions. Dans sa stratégie Cap 2030, EDF, la maison-mère de Dalkia, s’est donné comme objectif d’être le champion de la croissance Bas Carbone, et EDF est d’ores et déjà le premier acteur européen des énergies renouvelables. Concernant Dalkia, nous avons élaboré un plan de transformation, visant une forte croissance, tant en France qu’à l’international et, intégrant une ambition humaine avec un véritable projet managérial. Nous visons un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros en 2022 et un mix énergétique à plus de 50 % d’ENR&R (Énergies Renouvelables et de Récupération). C’est un véritable projet d’entreprise, qui mobilise l’ensemble de nos équipes et qui conduit à une transformation de nos métiers et de nos modes de fonctionnement. Tout ceci se combine en outre avec une population de salariés dont les attentes évoluent et qu’il est essentiel de motiver et de fidéliser.

Pouvez-vous nous parler de ce projet managérial?

Tout va très vite ! Nous sommes en changement permanent : nous avons embauché plus de 2 000 personnes en 2018. L’attractivité de Dalkia est donc un sujet essentiel. La question que nous travaillons est “qu’est-ce que cela signifie d’être manager chez Dalkia ?”. Il n’y a pas de réponse toute faite, nous la construisons ensemble. Il faut libérer du temps pour manager, être encore plus proche des équipes et être exemplaire dans le domaine de la prévention sécurité. Dalkia est dans une dynamique positive, avec beaucoup de communication sur le sens de nos activités. La transition numérique nous offre par ailleurs de nouvelles opportunités pour enrichir nos métiers. Elle est stimulante pour nos salariés, tout comme l’est la lutte contre le changement climatique.

Vous dites qu’il faut prendre du plaisir, donner  du sens et de la vision, être exigeant et exemplaire…

La force de Dalkia repose sur la qualité de ses équipes. Nous avons un très vaste champ d’innovations et nos collaborateurs ont un véritable goût pour la technique. Tous les ingénieurs cependant n’ont pas les mêmes aspirations : certains n’ont pas l’envie, voire la capacité, de manager des équipes. Il faut alors leur donner des opportunités de progresser différemment dans l’entreprise à travers des métiers d’expertise : ces métiers sont indispensables et doivent être valorisés. La réussite ne se mesure pas seulement au nombre de personnes managées.

Avez-vous rencontré des difficultés pour recruter autant de personnes?

Nous arrivons sans grande difficulté à trouver des ingénieurs, qui sont globalement bien formés. Tous ne viennent pas des Mines (les promos sont trop petites !), et nous avons en France un “pool” d’écoles de qualité qui est une véritable force pour les entreprises. Il est par contre plus difficile de trouver des techniciens formés, c’est donc une population qu’il convient de fidéliser, ce qui nous ramène au thème de l’attractivité et de notre projet managérial. 

En lisant quelques-unes de vos interviews, j’ai noté l’usage régulier de l’expression “mes clients”: ils sont donc au centre de vos préoccupations?

Les clients sont la raison d’être des entreprises. L’usage de cette expression tient entre autres à mon parcours qui a été en grande partie commercial, et je tiens à voir des clients toutes les semaines. Notre portefeuille de clients est extrêmement varié, avec par exemple plus de 2 300 sites industriels et plus de 3 400 établissements de santé. Nous travaillons aussi beaucoup avec les territoires pour le développement de leurs réseaux de chaleur et de froid en valorisant leurs énergies renouvelables locales (biomasse, géothermie, récupération de chaleur, …). Les enjeux sont différents selon les secteurs, et rencontrer les clients permet de mieux cerner leurs attentes pour alimenter le processus de réflexion et de transformation.

C’est également une opportunité de rencontrer nos salariés délocalisés : nous avons très souvent des salariés présents sur les sites de nos clients. Cette occasion d’échanger en direct est importante pour eux, et c’est une bonne occasion de communiquer et de comprendre leurs motivations et attentes.

 

Études, ingénierie, achats d’énergie, exploitation, maintenance des installations : tous les services de Dalkia s’effectuent dans une optique de développement durable. Objectif : valoriser les ressources locales, réduire l’impact des installations sur l’environnement, baisser leurs consommations d’énergies fossiles et leurs émissions de gaz à effet de serre.

                                                                                                                               

Quels ont été les points marquants de votre parcours?

J’ai toujours eu une curiosité pour les aspects techniques, avec une véritable envie de management. À la sortie de l’École, je suis rentrée chez EDF et mon responsable de l’époque a fait le pari de me prendre comme manager, responsable d’une équipe d’exploitation. J’ai eu ensuite l’opportunité de participer à l’aventure de l’ouverture du marché de l’électricité, d’abord comme directrice du marketing B2B, puis des grands comptes, et enfin des clients particuliers... avec une équipe commerciale de 6 000 employés pour servir 25 millions de clients ! Le point commun de ces expériences est la relation clients, sous des angles très différents. Nommée à la tête de Dalkia, une filiale très importante du groupe, j’ai la chance de participer à une autre grande aventure, ou plutôt deux : la croissance des énergies renouvelables thermiques et le développement de l’efficacité énergétique à travers nos services qui portent des engagements de résultats.

J’ai donc effectué toute ma carrière au sein d’un Groupe, où j’ai occupé des fonctions très variées. Mon parcours est un mélange d’opportunités que j’ai saisies et de souhaits qui ont pu être réalisés. J’aime les challenges et les innovations. Je n’aime pas la routine. Néanmoins, j’aime voir les résultats des actions que j’ai engagées et j’y consacre le temps qu’il faut. Évoluer oui, papillonner non.

Vous êtes une des rares femmes patronnes d’une grande entreprise. Que pensez-vous de la féminisation de l’entreprise?

Je pense que le niveau d’exigence est plus élevé pour les femmes. Au cours de ma carrière, j’ai été poussée par différents patrons, dont une ancienne directrice d’EDF qui a joué une forme de rôle-modèle.

Le point le plus délicat dans une carrière féminine concerne certainement les enfants, avec les choix difficiles qu’il convient parfois de faire. Je les assume, car ils m’ont permis d’avoir une vie professionnelle épanouie. Ma vie familiale est également heureuse. Je n’aurais pas pu imaginer une carrière sacrifiée, car je suis convaincue que cela n’aurait pas conduit à une vie personnelle satisfaisante, bien au contraire. Je suis convaincue que mes enfants ont toujours compris cet équilibre.

L’industrie reste un monde essentielle-ment masculin : si la proportion de femmes atteint 30 % dans les écoles d’ingénieurs, elle n’est que de 10 % pour les techniciens, ce qui limite notre potentiel d’intégration. La féminisation est un point d’attention chez Dalkia. Au niveau de mon Comex, nous sommes 20 % de femmes, ce qui reste trop peu. De façon générale, je suis convaincue que la diversité est une richesse considérable : elle permet de multiplier les points de vue et de challenger des prises de position qui ne le seraient pas sans des visions différentes. Diversité de nationalité, de formation, de milieu socio-culturel... tout ceci contribue à la richesse d’une équipe.

Un dernier conseil pour les femmes qui nous lisent?

N’abandonnez pas ! Mener une carrière nécessite des choix, parfois difficiles, mais soyez fières de ces choix car ils vous permettront de vous épanouir, ce qui aura un effet positif non seulement sur vous mais aussi sur votre famille. •

 

Auteur

Stratégie de croissance – Développement commercial – Partenariats et M&A - Retournement - Performance opérationnelle – Management d’équipes internationales
Expertise en Auto, Métaux et Distribution, applicable à l’industrie B2B

3 grandes phases de carrière, essentiellement au sein d'ArcelorMittal:
- 10 ans aux USA et en France de responsabilité commerciale de produits techniques
- 8 ans en Italie, USA et France, de direction commerciale d'entités. CA > 2 bn €. Définition et mise en oeuvre de la stratégie commerciale en vue d'améliorer les résultats
- 12 ans en Europe, sur un périmètre Europe + Asie + Brésil de management de BU industrielle. CA jusqu'à 5 bn €. Restructurations, retournements, performance opérationnelle, développement et industrialisation de nouveaux process, partenariats techniques, JV, M&A. Activités de distribution et de transformation de métaux, dont une partie en sous-traitance auto. Voir l'autre publication de l'auteur

Articles du numéro

Commentaires

Commentaires

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Connectez-vous.