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octobre 2019

SE FORMER POUR ENTREPRENDRE DANS LES DEEP TECH

Publié par Cédric DENIS-RÉMIS (P 2007 Docteur) et Alexandre HEULLY, responsable du MS DTE, MINES ParisTech | N° 505 - LES MINEURS EN MODE START-UP!

Le secteur de la Deep Tech bénéficie d'un soutien fort en France.

MINES ParisTech forme les plus de 40 ans à ce type particulier d'entrepreneuriat pour créer des liens vertueux entre les mondes de la recherche et de l'entrepreneuriat: le Mastère spécialisé Second Life Deep Tech Entrepreneur.


Les Deep Tech, traduites en français par “innovations de rupture”, désignent ces technologies de pointe valorisables en produits et services. Elles sont majoritairement dérivées de programmes publics de recherche ou issues de grandes entreprises, et dites “en rup­ture” car elles sont porteuses d’un chan­gement supposé radical dans les usages, les habitudes de consomma­tion, les procédés industriels, les réseaux de distribution, les modèles écono­miques, etc.

Améliorer la détection et le traitement des cancers, lutter contre le réchauffe­ment climatique, adapter les usages et comportements dans le secteur des transports : autant de défis pour les­quels l’apport des Deep Tech apparaît essentiel dans les années à venir.

La France a bien saisi l’enjeu de conso­lider son positionnement (l’État inves­tira 4,5 milliards d’euros dans le financement de l’innovation de rupture ces 5 prochaines années), aux côtés d’autres grandes puissances qui inves­tissent massivement dans les hautes technologies comme la Chine, les États-Unis, Israël ou le Royaume-Uni. La France a des atouts sur lesquels capitaliser : la qualité reconnue de sa recherche scientifique, le foisonnement de ses laboratoires à travers le territoire, la croissance accélérée de son secteur du capital risque et le tissu industriel riche et puissant que nous lui connaissons. Subsiste néanmoins une série d’obstacles que les entrepreneurs Deep Tech doivent franchir.

UN RÔLE IMPORTANT DES GRANDES ENTREPRISES

Les projets Deep Tech sont caractérisés par des délais longs de mise sur le mar­ché – en les comparant aux développe­ments de produits logiciels ou internet, par exemple – en grande partie dus aux processus complexes de maturation, industrialisation et production de hautes technologies. Les difficultés inhérentes au “time-to-market” (le temps qui sépare la conception de la vente aux premiers clients, sous-estimé dans 40 % des aventures entrepreneuriales1) et l’accès requis à des investisse­ments importants pour financer le développement produit, sont dès lors vus comme les deux principaux défis à relever pour les jeunes pépites.

Pour pallier ces difficultés, les grandes entreprises de l’Hexagone ont un rôle important à jouer. Parfaitement posi­tionnées en matière de soutien à l’innovation des start-up, elles peuvent apporter tout à la fois expertise, légiti­mité et visibilité, capacité de co-développement industriel, mise à disposition de réseaux de distribution et accès à des poches diverses de financement. La majorité des grands industriels français ont structuré ces dernières années des programmes “d’open innovation” au bénéfice de leurs secteurs respectifs, associant les start-up Deep Tech a leurs divisions et métiers originels au travers d’initiatives diverses (détection, incuba­tion, accélération, start-up studio, fonds d’investissement, événementiel).

Ces initiatives évoluent et se transfor­ment en permanence, gagnant en maturité, et c’est aujourd’hui un écosys­tème de plus en plus performant de valorisation d’actifs technologiques qui se dessine en France.

Les efforts doivent néanmoins se poursuivre, en intensifiant encore les échanges entre les mondes de la recherche et ceux de l’entrepreneuriat et de l’industrie, par exemple en facili­tant les interactions entre entrepre­neurs et laboratoires de recherche, en augmentant la vitesse du transfert de technologies vers les marchés cibles et les besoins des industriels, ou en sensi­bilisant le secteur du capital risque au potentiel de croissance des start-up Deep Tech.

DEEP TECH : UN BESOIN D’ACCOMPAGNEMENT ADAPTÉ

Créer une start-up est une activité par nature risquée, avec des taux d’échec importants. Les raisons sont nom­breuses : l’absence ou le manque de profondeur d’un marché cible, le manque de financements disponibles pour assurer les développements, une compétition importante et un mauvais “time-to-market”, une équipe déficiente, etc. Par nature, les start-up Deep Tech y sont particulièrement exposées.

Identifier, financer et développer ces start-up ne peut aller de pair qu’avec un accompagnement adapté, de l’émergence à la croissance, à la fois sur leur positionnement marché, la compréhen­sion de leur filière et la construction d’une stratégie en constante évolution : c’est bien la capacité à transformer une technologie de rupture en un produit qui trouve son marché qui condition­nera la croissance et le succès de l’entreprise. Les programmes d’accompagnement se multiplient sur le marché français, faisant la part belle aux orga­nismes publics (agences, institutions), cabinets de conseil, clubs d’investisseurs et d’entrepreneurs.

Du côté des fondateurs de ces start-up, l’équation n’est pas toujours simple. De nombreux projets entrepreneuriaux Deep Tech trouvent leur source dans les laboratoires de recherche ; les fonda­teurs des entreprises associées incluent ainsi des académiques de formation et de carrière. Dans nombre de ces cas, le changement de dynamique entre la vie de laboratoire et le monde des start-up est radical et peut être vécu difficilement. Passer de scientifique à entrepreneur, c’est bien souvent mettre ce que l’on aime de côté – les théma­tiques et programmes de recherche – pour se concentrer sur un processus d’exécution extrêmement cadencé, dans lequel il faut faire un équilibre fin entre rigueur et compromis, affirmation et remise en question, développement du produit et commercialisation. De plus, devenir entrepreneur constitue un risque financier non négligeable : même si des dispositifs d’accompagnement existent et que l’écosystème français est particulièrement bien structuré pour permettre aux volontaires de tenter l’aventure, les premiers retours sur investissements ne sont pas immédiats. Un accompagnement individuel pour anticiper et affronter ces défis, à la fois humain et technique, est donc à prévoir. Du côté des partenaires industriels et des investisseurs, les enjeux de valori­sation d’actifs sont clés, dans un souci permanent de maintien de compétiti­vité, de gains économiques et/ou de renouvellement de lignes produits. Spin-off, codéveloppement, partena­riats commerciaux, investissements en capital risque ou acquisition de jeunes pousses : les leviers sont nombreux pour collaborer efficacement.

UN MS POUR FORMER LES FONDATEURS DE START-UP DEEP TECH

Le Mastère Spécialisé Second Life Deep Tech Entrepreneur (MS DTE) de MINES ParisTech a choisi d’ouvrir les laboratoires de l’Université PSL à des professionnels issus du privé, désireux de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Des binômes entrepreneurs-chercheurs sont ainsi consti­tués, les uns apportant leur bagage scientifique, leur innovation et la capa­cité d’en poursuivre le développement, les autres leur expérience d’un marché et leur réseau.Néanmoins, la constitution de ces binômes hybrides ne doit pas se tra­duire par un mariage forcé. Une des particularités de ce MS réside dans sa dimension académique : il s’agit une formation diplômante pour des per­sonnes de plus de 40 ans. Pendant une année complète, les étudiants entrepre­neurs de “Second Life” sont en position d’apprenants, permettant ainsi de pré­server une saine coopération dans les équipes, nécessaire au bon développe­ment des projets. Les participants sont formés à l’entrepreneuriat par des experts du monde des start-up et à la conception innovante par des profes­seurs de MINES ParisTech.

Une formation à l’entrepreneuriat Deep Tech, au bénéfice des cadres exécutifs et des collaborateurs, participe à une stratégie vertueuse de transformation interne (voire dans certains cas d’out-placement) pour les entreprises dési­reuses de faire évoluer leur écosystème en captant les innovations issues du secteur de la recherche.

Enfin, les investisseurs y trouvent éga­lement un intérêt dans la diminution du risque technologique qui caractérise les start-up Deep Tech. En confiant des dirigeants issus de son écosystème à des dispositifs comme le MS DTE où ils seront accompagnés, un fonds d’investissement peut maîtriser davantage le risque technologique et miser sur des équipes opérationnelles constituées. Cela leur permet en outre d’accéder au marché final, de rester en veille et de comprendre l’environnement Deep Tech avec un accès privilégié à la recherche.

Lancé en 2018 à MINES ParisTech, Second Life DeepTech Entrepreneur a permis à 4 cadres à haut potentiel d’ac-céder à 19 technologies Deep Tech issues de cinq laboratoires partenaires : MINES ParisTech, Chimie ParisTech, l’Institut Curie, l’ESPCI et l’École Normale Supérieure. À l’issue d’une année de formation, les entrepreneurs sont deve­nus fondateurs de start-up Deep Tech dans les secteurs du diagnostic molécu­laire, dans la recherche contre le cancer ou dans la valorisation du biogaz issus des méthaniseurs agricoles. Au vu du succès de ce programme, 15 places seront ouvertes pour la prochaine promotion d’entrepreneur de plus de 40 ans qui démarrera en septembre 2020. ▲

 

  1. “From Tech to Deep Tech”, Hello Tomorrow and BCG Survey of 400 deep-tech Startup, 2016

Auteurs

Alexandre HEULLY, responsable du MS DTE, MINES ParisTech

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