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février 2020

SAINT-SULPICE ET SON QUARTIER

CLUB MINES CULTURE

Saint-Sulpice ? Évidemment, on connaît ! Mais est-ce bien certain ? Son histoire, la crypte, les tableaux de Delacoix… et les alentours, avec la rue Palatine et l’atelier discret de Roswitha Doerig. On révise Paris : visite guidée avec Mines Culture le 29 novembre dernier.


Ce vendredi après-midi, nous étions 21 pour découvrir, avec Pascal Payen Appenzeller (historien, fondateur de l’Association pour faire connaître Paris), l’église Saint-Sulpice et son quartier. L’église actuelle fut construite à la place d’un petit sanctuaire du XIIe siècle, devenu insuffisant pour la population de la paroisse du XVIIe siècle (100 000 personnes). Le père Olier, curé de l’époque, lança la construction de ce qui allait devenir la plus grande église de Paris (119 mètres de long et 57 mètres de large). Les plans de l’architecte Gamard sont approuvés en 1645 et la première pierre posée par Anne d’Autriche en 1646. Après la mort de Gamard, brièvement remplacé par Le Vau, l’architecte du Roi Daniel Quittard prend la suite. Véritable architecte de Saint-Sulpice, il construit le chœur, le transept et la nef. Vers 1680, par manque de fonds, les travaux s’arrêtent pendant 40 ans. L’énergique curé Lan- guet de Cergy fera redémarrer les travaux en 1719 grâce à sa loterie qui va remplir les caisses et permettre l’achèvement dès 1733. La façade, choisie en 1726, est l’œuvre de J.N. Servandoni pour les deux premiers étages et de J.F. Chalgrin pour les tours (photo 1).

Avant de visiter l’intérieur, notre guide attire notre attention sur les particularités de Saint-Sulpice et de sa façade. Cette église, qui semble être “posée” sur le sol, a été conçue sous Louis XV et sous le signe du nombre d’or, avec ses 7 arches qui annoncent la concorde. La façade, non symétrique comme pour les cathédrales gothiques, comporte deux péristyles superposés, bordés de deux tours latérales. Chaque péristyle (photo 2) soutient une série de linteaux, le tout couronné d’un large fronton. De pur style corinthien, les piliers ne comportent pas de chapiteaux. Faute de recul suffisant sur le parvis occupé à l’époque par un séminaire (détruit à la Révolution), Servandoni fit construire dans le péristyle un emmarchement haut de 2 mètres pour accéder à l’entrée de l’église. La tour nord (photo 6), seule dans Paris à comporter un logement pour le sonneur de cloches, s’acheva en 1780, et la tour sud, jamais totalement achevée, fut restaurée en 2010 car elle menaçait de s’écrouler.

 

En entrant dans l’église on ne peut qu’admirer le maître-autel, un des plus beaux de Paris. Précurseur de Vatican 2 il fut le premier autel face au peuple. Commence alors la visite de nombreuses chapelles latérales ou en sous-sol. Dans la chapelle de la Petite Paroisse, le pasteur Payen Appenzeller s’installe à l’autel pour décrire ce lieu dédié aux pauvres et qui comporte une chaire unique, aux formes très épurées, avec un confessionnal dessous (photo 3).

La chapelle des Saints-Anges est célèbre par ses peintures. Delacroix, qui ne croyait pas en Dieu, passa 6 ans à créer deux peintures à l’huile et à la cire, ainsi que la voûte en toile marouflée. La Lutte de Jacob avec l’ange (photo 4), seul thème de la Bible où un mortel se bat toute une nuit avec un être céleste, est assimilée à une danse. Sa restauration en 2016 a coûté 430 000 euros. Dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, le tombeau du curé Languet de Cergy, magnifique monument funéraire, représente la Lutte de l’Immortalité contre la mort (photo 9) où l’ange, à droite, soulève le voile funèbre et fait fuir la mort effrayée.

 

À deux pas de Saint-Sulpice, dans la rue Palatine qui longe l’église, Pascal Payen Appenzeller nous fait pénétrer dans un lieu étrange invisible pour un non-initié. C’était l’atelier de Man Ray, photographe américain du XXe siècle installé en France en 1952. À sa mort en 1976, ses œuvres furent dispersées et l’atelier repris par un couple d’artistes, Roswitha et Serge Doerig. Après une sérieuse restauration l’atelier fut utilisé surtout par Roswitha pour une abondante production de peintures modernes. Nous sommes reçus par Serge qui, depuis la mort de sa femme il y a deux ans, entretient sa mémoire et valorise son œuvre dont nous pouvons apprécier quelques exemples… dans un sympathique désordre (photos 5 et 7).

 

Nous terminons notre visite dans une chapelle de la crypte de Saint-Sulpice. Elle est le siège d’une paroisse orthodoxe roumaine, fruit d’un accord en 1998 entre l’Église Catholique et l’Église Orthodoxe, pour abriter une communauté copte. Nous sommes reçus par un prêtre orthodoxe roumain qui, dans un excellent français, nous accueille avant l’office et nous montre une série d’icônes, l’iconostase (photo 8)... 

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