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janvier 2008

Problématiques et enjeux de la mobilité urbaine

Cet article s’appuie très largement sur une position officielle de l’UITP (Union Internationale des Transports Publics) consultable sur Internet à l’adresse url : http://www.uitp.org/mos/positionspapers/31

La grande majorité des citoyens européens vit en zone urbanisée où plus de 85 % des richesses économiques sont produites. Dans le même temps, les villes sont confrontées à la plupart des problèmes environnementaux et sani­taires engendrés par le transport : circulation et congestion intenses, qualité de l’air médiocre, niveau élevé de bruits, nombre élevé d’accidents, etc. Actuellement, la circulation urbaine et donc, en parti­culier, les déplacements individuels motorisés, sont à l’origine de 40% des émissions de GES (gaz à effet de serre) produites par le transport routier et jusqu’à 70% des émissions d’autres polluants produits par le trans­port en général.

La résolution de ces problèmes passe par l’élaboration et la mise en œuvre, à l’échelle tant urbaine que régio­nale, de politiques intégrées et à long terme : la pré­sence d’un réseau de transport régional intégré est essentielle si l’on souhaite améliorer les liaisons entre les agglomérations urbaines et leur “arrière-pays”, et désengorger les voies d’accès à ces agglomérations.

La réalisation du transport urbain durable relève - d’abord et avant tout - des pouvoirs locaux. Néanmoins, une bonne coordination et une bonne coopération entre tous les niveaux de pouvoir est essentielle pour atteindre les objectifs du développe­ment durable1, dans un contexte où le nombre et la diversité des acteurs concernés est remarquable. Dans ce contexte, les institutions de l’Union Européenne ont également une responsabilité ainsi qu’un rôle à jouer.

Pour obtenir des résultats concluants, les politiques locales doivent s’appuyer sur une vision à long terme, excédant souvent la durée habituelle des mandats politiques (voir en encadré la vision proposée par le projet de recherche européen EURFORUM dont l’UITP était le coordinateur). Elles doivent ensuite combiner harmonieusement des mesures touchant aux quatre préceptes de base d’une mobilité urbaine durable.

Maîtriser l’étalement urbain

“L’étalement urbain accroît la consommation d’énergie, les besoins en infrastructures de transport et la consommation d’espace, ce qui nuit à l’environnement naturel et accroît les émissions de gaz à effet de serre, et donc, favorise le changement climatique et intensifie la pollution atmosphérique et sonore. L’étalement urbain exerce donc un impact direct sur la qualité de vie des personnes vivant dans ou à proxi­mité des zones urbaines2.”

Pour contrer l’étalement urbain, l’UITP recommande :

  • d’exiger des villes qu’elles élaborent et mettent en œuvre des instruments de planification à long terme et en assurent le suivi, et de donner aux autorités locales des compétences élargies à la “mobilité urbaine” ;
  • de réorienter les objectifs des Fonds structurels et de cohésion de l’UE afin de dégager des moyens finan­ciers accrus en faveur du développement des modes de transport durable et en particulier, du transport public. L’Agence européenne pour l’environnement a souligné que l’étalement urbain était particulière­ment manifeste dans les pays ou les régions ayant bénéficié des politiques et financements régionaux de l’UE3. Il est donc essentiel de veiller à ce que ces fonds ne favorisent pas l’étalement, mais au contraire, contri­buent à le prévenir ou à l’atténuer.

Cliquez pour agrandir RATP - JF Mauboussin - T2

Restreindre l’usage de la voiture particulière dans les zones urbaines

Rien ne semble arrêter la croissance de la motorisation des ménages (plusieurs pays ont déjà atteint un niveau d’équipement en voitures particulières et commerciales supérieur au nombre d’habitants capables de les conduire !), et le trafic auto­mobile croît plus rapidement que la population des villes, en rai­son de l’étalement urbain et de la spécialisation des fonctions urbaines (logement, emplois, commerces, etc.).

Pour limiter la part très prépondérante - et croissante dans la plu­part des cas - du trafic automobile dans les déplacements urbains, l’UITP recommande les mesures suivantes:

  • Élaborer des orientations pragmatiques permettant la mise en œuvre de mesures concrètes destinées à internaliser les coûts externes du trafic automobile en zone urbaine, et à promou­voir les modes plus respectueux de l’environnement et plus sûrs que la voiture particulière (vaste domaine !).
  • Mieux faire respecter la règlementation et mieux réprimer les délits et infractions liés au transport (notamment en matière de stationnement).
  • Promouvoir l’échange des meilleures pratiques entre les villes.

Développer les services alternatifs à l’automobile et un transport public de qualité

La recherche sur les divers aspects de la mobilité urbaine doit permettre de développer des services alternatifs à l’usage privé de l’automobile qui soient attractifs pour toutes les catégories de population. Quant au transport public, il a un rôle vital à jouer en termes de garantie d’accès à l’emploi, aux commerces, aux services et aux équipements de loisirs pour chaque citadin (motorisé ou non). Le dynamisme de l’économie et la cohésion sociale en dépendent. Le transport public coûte moins à la col­lectivité que l’automobile ; il consomme énormément moins d’espace de voirie (pour la circulation et pour le stationnement) et au minimum deux à trois moins d’énergie par voyageur au km (davantage en heure de pointe) ; il est à la fois plus écologique et moins nuisible à la santé des citadins.

Outre la recherche, l’UITP recommande de promouvoir :

  • les investissements relatifs aux modes alternatifs (marche à pied, deux roues, transports collectifs) et en particulier les sys­tèmes de transport en commun en site propre (bus à haut niveau de service, métro léger, métro, chemins de fer, etc.) ;
  • l’harmonisation technique des outils, systèmes et interfaces entre sous-systèmes de transport utilisés au niveau local lorsqu’elle apporte une valeur ajoutée européenne ; la normalisa­tion est notamment un instrument puissant pour améliorer l’efficacité technique et économique des systèmes de trans­port public ;
  • des campagnes nationales et européennes de sensibilisation et d’information afin d’encourager les citoyens à adopter des comportements de mobilité durable.

Cliquez pour agrandir RATP - Gilles Aligon

Dégager des moyens pérennes de financement du transport urbain

La situation financière tendue des villes et municipalités rend de plus en plus difficile le financement des infrastructures et équi­pements de transport, et en particulier du transport public. Or les mécanismes et les instruments du marché, s’ils sont correc­tement utilisés, offrent la possibilité d’améliorer cette situation en tirant parti des atouts environnementaux (et sociaux) des modes de transport moins polluants et du transport public en particulier. Diverses pistes sont possibles pour améliorer les mécanismes existants pour financer les transports publics, y compris :

  • la création de nouvelles taxes dédiées (péages urbains, surtaxe à la TIPP par exemple) ou de détaxes spécifiques (sur les auto­bus à pot catalytique par exemple), traités comme incitants économiques explicites et technologiquement neutres ;
  • des actions relatives à l’élargissement des périmètres de trans­port urbain et des compétences des autorités organisatrices de transport, pour en faire de véritables “autorités de la mobilité urbaine” à l’instar de ce qui existe pour l’agglomération lon­donienne. ■

1 Cf. Rapport CEMT sur la “Mise en œuvre de politiques de transport urbain durable - messages clés à l’adresse des gouvernements - Juin 2001”.

2 Cf. Rapport de l’Agence Européenne pour l’Environnement (AEE) “L’étalement urbain en Europe - un défi environnemental ignoré - 2006 “.

3 Cf. Rapport de l’Agence Européenne pour l’Environnement (AEE) “L’étalement urbain - le défi environnemental ignoré de l’Europe - 2006”.


 

Extrait du rapport final EURFORUM, novembre 2007

Quelles villes et cités européennes pour demain ?
(Extraits du “Strategic Research Agenda”, www.eurforum.net)

 

 

Auteur

Currently Consultant (Y AMSLER CONSEIL)

Civil Engineer from the ENSMSE and with a post-graduate diploma (DEA) in Applied Mathematics (Paris VI University), he joined in October 1972 RATP, the main collective transport operator in the Paris area (“Ile-de-France Region”). Until 1998, he occupied various management and executive positions within RATP and mainly its subsidiaries (SOFRETU, LSTS, and later SYSTRA). He joined in 1998 RATP’s CEO cabinet as Delegate for Hauts-de-Seine and Yvelines until end 2000. Fom January 2001 to January 2010, he has been seconded as RATP Delegate in Brussels to UITP, the International Association of Public Transport.

Retired from RATP in January 2010 he created his own company (Y AMSLER CONSEIL, an EURL) and has been working mainly for UITP as from February 2010.

Yves Amsler has more than fourty years of international experience in urban, suburban and regional collective transport systems: metro, light rail, suburban and regional rail, bus, shared taxis... He has been involved in a wide variety of projects - transportation planning, economic studies, PPPs, legislation and institutional issues, standardisation - in more than fifty cities or regions around the world under a wide scope of responsibilities and clients (local/regional authorities and ministries in France and worldwide, private sector, international bodies like World Bank or BID, European Commission, CEN-CENELEC...).

His current major Professional activity is as a consultant and an advisor to UITP, with a focus on local public transport and mainly rail matters (tram, light rail, metro, other urban rail systems, suburban and regional rail). He is a UITP sub-contractor for several relevant EU R&D projects.

He wrote around 40 publications. Voir l'autre publication de l'auteur

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