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février 2020

NÎMES TRACE ASSIDÛMENT SON AVENIR DANS SES RESSOURCES ANTIQUES

INTERMINES LANGUEDOC-ROUSSILLON

À l’occasion de la Sainte-Barbe, nous avons découvert la confrontation renouvelée de l’antique et du contemporain au cours d’une promenade avec deux passionnées – Danièle Jean1 côté histoire et Christine Mirgalet côté histoire de l’art.


À Nîmes, dès que l’on commence à creuser, affleurent les traces de 2 500 ans d’histoire, dont 400 ans de romanité. En témoignent les fouilles de 2007 lors du réaménagement des allées Jean-Jaurès, conçues au XVIIIe siècle pour offrir une perspective vers le sud, à la source Nemos (divinisée par les Volques au IIIe siècle av. J.-C.). Ces fouilles ont fait réapparaître d’exceptionnelles mosaïques romaines. Que faire de ce pullulant passé?

Plusieurs exemples de solutions combinant l’ancrage dans le passé et la vision de contemporanéité nous ont interpellés.

César avait été accueilli pacifiquement et la ville, rapide- ment romanisée (modernisée) avec un statut de colonie de droit latin lui conférant une certaine autonomie, fut dotée par Auguste de nombreux monuments pour en faire une capitale des Gaules sur la via Domitia. Au sommet du mont Cavalier, comme un phare signalant la source pérenne, la vieille tour volque (actuelle tour Magne) est remaniée par les Romains, sa hauteur est doublée pour atteindre 36 m.

L’ESPLANADE

Cet espace public depuis les Volques fut dédié, au Moyen Age puis à la révolution, à la promenade, aux jeux d’enfants, aux marchés aux brebis, aux jardins potagers, aux exécutions… Au XIXe siècle, c’est l’apogée avec la création ex nihilo du quartier de la gare (1844) d’où part l’avenue Feuchères orientée vers la tour Magne qui aboutit sur l’esplanade à la Fontaine Pradier (1851), reflet du passé et symbole d’avenir. Une femme vêtue à l’antique personnifiant la ville regarde en direction de la gare, symbole de modernité, et porte fièrement une couronne composée de la Maison Carrée et des arènes.

Alors que le XIXe construit en puisant dans le répertoire antique, roman ou gothique, les XXe et XXIe assument la modernité dans le choix des matériaux. Dans les années 2000, l’urbaniste et paysagiste Alain Marguerit réalise un espace urbain continu et piétonnier, en incluant un parking souterrain, un canal venant de la source et un parvis des arènes simplement revêtu d’un béton romain où est matérialisé au sol le tracé du rempart romain avec ses tours.

LE CARRÉ D’ART

La confrontation entre un édifice antique et un bâtiment contemporain prend forme pour la première fois en France à Nîmes. La Maison Carrée est un temple dédié au culte impérial, construite entre 2 et 5 apr. J.-C. près du forum; elle est un des plus beaux temples romains.

En 1990 la ville a retenu le projet de Norman Foster pour réaliser le Carré d’Art en vis-à-vis de la Maison Carrée, à la place du Grand Théâtre incendié en 1952. De verre et d’acier, il reprend avec audace la configuration de cette dernière dans un style opposé à celui de son contemporain Beaubourg (pas de couleurs, utilités à l’intérieur). Ce fut aussi l’occasion de libérer la place des grilles qui l’entouraient, et de la rendre aux piétons, tout en esquissant la présence du forum et de son péristyle aujourd’hui enfouis sous la ville.

Le Carré d’Art est de nos jours un élément central de la vie nîmoise avec sa médiathèque, son musée d’art contemporain, ses expositions, et sa salle de conférence.

LE MUSÉE DE LA ROMANITÉ

En 2018 le Musée de la Romanité est inauguré in situ, face aux arènes. Conçu par Elizabeth de Porzamparc, il est drapé d’une toge plissée de “tesselles” de verre. Il regroupe les collections archéologiques de la ville, une collection épigraphique unique, d’exceptionnelles stèles et de remarquables mosaïques. C’est aussi un lieu de vie, avec un jardin méditerranéen incluant un morceau du rempart romain et l’assise d’une tour.

 

CONCLUSION

L’histoire singulière de Nîmes peut nous inspirer en revisitant comment ses citoyens ont plusieurs fois développé leurs visions et aménagements contemporains tout en s’inspirant de leur boîte à outils antique. Un exemple qui pourrait nous donner à penser l’avenir tout en considérant comme ressources les passés.

“L’histoire est le témoin du temps, la lumière de la vérité, la vie de la mémoire, l’institutrice de la vie, la messagère de l’antiquité.” Cicéron.

Auteurs

Anne Coudrain est directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le développement,
impliquée dans des travaux à l'interface sciences - société dans le cadre de l'unité de recherche Espace-dev.

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