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janvier 2007

Les ingénieurs et la banque

Quand je suis entré dans la Banque, fin 1979, les ingénieurs étaient peu nombreux, et cantonnés dans trois domaines principaux :

  • La relation avec les grands clients, où leur “réseau” pouvait les aider à nouer des contacts et leur agilité devait permettre de monter des opérations sophistiquées ;
  • Les départements d’ingénieur-conseil, parfois très importants, où la connaissance des techniques combinée à une bonne compréhension de la finance, permettait d’intervenir pour des diagnostics sur un secteur ou une entreprise particulière ;
  • L’informatique enfin où la compréhension des systèmes et de cette technologie bourgeonnante était l’apanage des jeunes embauchés et des spécialistes des Grandes Écoles. C’était une époque où l’on rentrait “en BNP” à la sortie de l’école, où l’on y restait 37 ans et demi, y faisant toute sa carrière, et où le parcours paraissait tracé, avec quelques figures imposées (l’inspection de la banque pour les uns, le franchissement des nombreux échelons tout au long de son parcours professionnel, pour tous), une forte promotion interne, et pratiquement aucun apport extérieur en cours de carrière, si ce n’est, dans les banques publiques en tous cas, les traditionnels “parachutages” de hauts fonctionnaires méritants nommés pour occuper les plus hautes responsabilités dans la banque, en fonction de leur corps d’origine et des services qu’ils avaient rendus à l’État.

Ce monde n’est plus. Aujourd’hui, la BNP est devenue BNP Paribas, une entreprise de près de 150 000 personnes, dans 88 pays du monde, avec plus de 1 500 sociétés, dans une trentaine de “grands métiers” (chacun étant souvent un monde en soi). Chacun des cinq grands Pôles d’activité (la banque de détail en France, BNL, les Services Financiers et la banque de détail à l’International, la banque de financement et d’investissement, Asset Management and Services), s’il était autonome, constituerait, à n’en pas douter, une entre¬prise du CAC 40 !

L’entreprise n’est donc plus la même. Surtout à l’égard des jeunes qui y entrent et où la perspective et le contexte ont radicalement changé.

Ce nouveau monde est en perpétuel mouvement. C’est inhérent à la banque, à la volatilité des marchés, à son immersion totale dans la finance et ses soubresauts, mais aussi à l’évolution de l’équilibre mondial entre les continents, à la constitution (même laborieuse) de l’Europe, à la croissance enfin, condition de survie dans une économie à l’horizon élargi. Il est aussi international - on dit global aujourd’hui - on voyage plus, plus facilement, on se parle dans toutes les langues, on se réunit à distance. Il est professionnel : chaque métier, du fait de la technologie, de la complexité des produits et de la matière particulière de l’activité bancaire, se découpe, se décompose en morceaux qu’on peut répartir entre spécialistes, outsourcer ou fusionner selon l’intérêt. Il est industriel, car la banque est devenue une industrie de service, et a - ou aura - de plus en plus recours à la technique et aux savoir-faire de l’industrie, en matière de contrôle et de qualité, mais aussi de production, de recherche et de séparation entre conception, production et distribution. Enfin, il s’est accéléré au quotidien : les évènements et les aléas s’enchaînent plus vite, mais les réactions aussi.

Cette simple énumération des caractéristiques de ce monde indique à quel point il a besoin d’ingénieurs spécialistes.

Et c’est bien ce que l’on observe. Le nombre d’abord. Ce sont des centaines d’ingénieurs qui entrent chaque année dans notre banque, dans tous les compartiments. Tous se dirigent vers des métiers précis, et plus personne n’aspire à être un généraliste. C’est l’ère des spécialistes. Et les ingénieurs sont, par essence, des spécialistes. La perspective ensuite. Personne n’entre plus avec le projet d’être quarante ans (ou quarante cinq désormais ?) dans la même entreprise, fût-elle une très grande banque. Et d’ailleurs, là où l’on formait les banquiers au terme d’un long parcours d’initiation et d’apprentissage par l’expérience et l’observation des chefs, on installe aujourd’hui un jeune trader directe¬ment derrière son “desk” et lui confie, au bout de quelques jours, la responsabilité entière de son activité. La souplesse enfin. On n’entre plus nécessairement à la sortie de l’école, mais tout au long de sa carrière. L’entreprise s’est adaptée à ce mouvement, en remplaçant la mémoire, naguère gravée dans une hiérarchie stable et sachant faire face à un environnement peu évolutif, par des procédures formalisées, des traces enregistrées dans des disques durs, des formations en ligne, le tout désormais accessible très rapidement par tous. Le système d’incitations et de reconnaissance, naguère fondé sur l’ancienneté et une hiérarchie rigide, a fait sa mue, lui aussi. Les grades ont disparu, et la reconnaissance professionnelle est aujourd’hui le fait du salaire et du bonus annuel, mais aussi de l’intéressement et des stock-options ou des attributions d’actions gratuites. Les ingénieurs ont également accès aux plus hauts postes de l’entreprise. Dans le Comité Exécutif de 11 personnes chez BNP Paribas, il y a aujourd’hui six ingénieurs de formation, et l’accès aux postes de haute responsabilité ne se fait plus que sur la base du mérite et de la performance, non du diplôme, ou du corps d’origine pour les anciens fonctionnaires.

Ainsi, si l’on regarde aujourd’hui les ingénieurs dans la banque, on les trouve partout, avec toutefois une concentration exceptionnelle dans les métiers de marché.

Ces métiers financiers sont devenus une spécialité française en rai¬son de la qualité de nos ingénieurs et de leur agilité mathématique, qui les fait maîtriser avec aisance les produits dérivés les plus sophistiqués et les valorisations sous-jacentes. Demain, l’expérience industrielle sera valorisée, dans les systèmes, dans l’organisation, dans le management du changement, dans les tech¬niques de contrôle ou de marketing, dans la recherche d’efficacité opérationnelle.

Dans cet univers de la BNP que j’ai vu se transformer avec la privatisation de l’entreprise en 1993, puis avec la fusion avec Paribas en 2000, puis, depuis cette date, avec une croissance amenant l’entreprise à doubler de taille en sept ans, j’ai eu la chance d’occuper des fonctions et de faire des métiers très divers : du financement de projet à la déontologie et au contrôle interne, en passant par l’informatique, le suivi des “grands comptes”, le manage¬ment d’un réseau international ou d’un pôle de gestion et de services. Chaque fois, un nouveau sujet, un nouveau projet, le plaisir de servir des clients, de suivre un objectif et de maîtriser les risques. Au total 25 ans de changement qui ont offert à un ingénieur mille raisons d’épanouissement et de bonheur professionnel. Imaginez alors ce que cela veut dire aujourd’hui, dans un monde qui change beaucoup plus vite, dans une banque qui fait partie des leaders mondiaux dans tous ses métiers, qui offre des carrières internationales, et qui a besoin tout à la fois de financiers, d’industriels et d’entrepreneurs ! ■

 

 

 

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