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février 2020

LE REGARD DÉCALÉ

LES TEMPS MODERNES

Ce film de Chaplin de 1936 ne se réduit pas aux scènes, restées mythiques, des chaînes de production. Se situant pendant la Grande Dépression du début des années 1930, il est un réquisitoire contre une forme de productivisme, mais aussi un tableau de cette société industrielle et de ses vicissitudes.

Inapte aux cadences infernales, Charlot se retrouve chômeur, séjourne en prison après avoir été arrêté par erreur, s’y trouve bien (logé, nourri), mais on ne lui demande pas son avis, et le voilà rendu à la dureté du monde extérieur. Sa rencontre avec une jeune orpheline abandonnée change le cours des choses : ils vivront de petits métiers, jusqu’à la scène finale où on les voit s’éloigner vers un futur incertain, mais plein d’espérance – autre scène passée dans l’histoire du cinéma. Mais auparavant, les services, visibles ou occultes, sont bien présents dans les scènes sur les lieux de travail :

  • Les équipes d’entretien, tâche ingrate et souvent peu visible, veillent au Charlot leur devra même d’avoir la vie sauve. Tombé malencontreusement dans les rouages infernaux de la chaîne de production où il va être broyé, il est sauvé par la pause-maintenance.
  • Au cabaret où travaille sa dulcinée et où Charlot improvise des intermèdes comiques, le spectacle sur scène est constamment en interférence avec ce qui se passe dans les cuisines ou en
  • L’horloge murale, qui régit et régente tout, est omniprésente à l’usine (digression – les visiteurs du Dépôt d’autobus n°3 à Moscou, au milieu des années 1990, donc après la fin de l’URSS, mais les habitudes sont tenaces, restaient méditatifs devant une affiche placardée au niveau du poste de pointage, et figurant un personnage, hybride de contre- maître et de commissaire politique, qui pointait un doigt impérieux vers l’ouvrier ayant fini sa journée et l’apostrophait en ces termes “Comment as-tu travaillé aujourd’hui ?” – dossier Russie à suivre, Revue n° 508).

 

 AU BONHEUR DES FAUTES

Voilà un ouvrage qui pourra servir de livre de chevet à tous ceux que cela démange d’écrire quelque chose, par exemple pour la présente Revue. Il s’agit d’un aperçu du métier de correcteur, une fonction présente – quoique de moins en moins, paraît-il - dans les industries du livre ou de la presse. On ne naît pas correcteur, on le devient : anciens traducteurs, rédacteurs, enseignants, historiens, comédiens contrariés… Les correcteurs ont en commun “la gourmandise de la langue, une boulimie de lecture confinant au pathologique, et le goût de s’empoigner (entre eux et avec le reste de l’humanité si nécessaire) pour une apostrophe, un trait d’union ou une majuscule”.

Ce petit livre (sous-titré Confessions d’une dompteuse de mots) réussit le tour de force de rendre ludiques les pièges grammaticaux les plus tordus. Il fourmille de notations tour à tour malicieuses ou percutantes (faut-il dire “tour à tour ou”, ou bien “tour à tour et” ? la balle est dans le camp de l’auteure), et cultive l’art de s’étonner, à travers le prisme du langage, des multiples petits travers de notre vie quotidienne. Il est par ailleurs persillé, comme on dit dans les bonnes recettes de cuisine, de clins d’œil réjouissants à l’adresse des écrivains contemporains – de ceux du moins qui sont, pour l’auteure, des références dans le souci de la langue.

Et pour la route, une citation attribuée à Voltaire : “Clément Marot a rapporté deux choses d’Italie : la vérole et l’accord du participe passé. C’est le deuxième qui a fait le plus de ravages !”

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