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octobre 2019

LE REGARD DÉCALÉ

Je profite de la place qui m’est donnée dans cette chronique pour régler un compte avec moi-même, liquider une frustration vieille d’un demi-siècle. Au lycée, juste avant les vacances, le professeur de français cherchait en vain un dernier sujet de dissertation à nous donner. Quand mû par une heureuse inspiration, il renonça et nous annonça simplement ‘’Sujet libre, vous me parlez de ce que vous voulez’’. Presque immédiatement, je fus pris d’une frénétique envie de traiter le sujet : «Analysez et commentez cette phrase d’Arsène Tartempion : garçon, un steak-frites, et plus vite que cela !» Et puis, en rentrant à la maison, mon audace s’évapora, ma détermination s’effilocha et je finis par m’atteler à la rédaction d’un effroyable cataplasme prétendant comparer les Confessions de J.J. Rousseau et les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand. Pauvre professeur, qui ne méritait vraiment pas cela… Cette rubrique, vous l’avez compris, sera donc en forme de figures libres. 􀀁

Bon alors, les start-up ? Patience, on y arrive. Mais d’abord un détour par un livre qui n’a rien à voir, un roman inclassable : Malacqua, de Nicola Pugliese (ed. Do, 2018), sous-titre Quatre jours de pluie dans la ville de Naples dans l’attente que se produise un événement extraordinaire. Sur fond d’une situation imprévue et intenable, les subjectivités de plusieurs personnages croisent une bureaucratie pathétique. On peut y trouver des rapprochements avec d’autres romans d’inspirations très diverses.  La Peste de Camus, d’abord, le fléau qui s’insinue partout, qui régit tout ; ou Le Désert des Tartares de Buzzati, avec les indices d’un événement qui doit survenir mais qui n’en finit pas de ne pas arriver. Corniche Kennedy ensuite, de Maylis de Kerangal, mettant en scène une bande de gamins qui, comme ceux de Naples, défient les autorités. L’Imprécateur enfin, de R-V Pilhes, dans la dramatisation volontairement grandiloquente de scènes cocasses ou dérisoires.

Startuppers, donc. On est passé, vous l’avez noté, de l’objet start-up au sujet startupper. Celui-ci peut, mais pas obligatoirement, se retrouver dans la culture geek. Trouver une définition claire du geek relève du parcours du combattant, on en restera donc à des concepts simples.  Un geek, ça gicle. Comme un sprinter hors de ses  starting-blocks. Ce qui nous envoie direct à un bon vieux film un peu atypique, Les Chariots de Feu (Hugh Hudson, 1981), l’histoire de deux athlètes concourant aux JO de 1924, mêlant les thèmes sportifs, culturels et même religieux. Bref, les valeurs, quoi. Ce qui nous ramène de manière un peu détournée à la geekitude. 

Constatant la tendance marquée des startuppers à chasser – ou à être chassés – en bande, on est retourné avec un brin de nostalgie du côté de Vincent, François, Paul et les autres (Claude Sautet, 1974). Et là on va vous faire gagner du temps : le film a vieilli.
À force de musarder, on a fini par épuiser la place impartie. On se reportera donc avec profit à l’une de ses autres lectures favorites, la News des Mines, qui au long de ses derniers numéros (mensuels) a fait la part belle
aux startuppers (voir en particulier la livraison n° 119, de juin 2019).
Puisse le lecteur avoir trouvé dans ces lignes davantage de steak-frites que de chateaubriand – et puisse-t-il, par la même occasion, me pardonner ce lamentable et bien involontaire jeu de mots.

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