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juillet 2009

Le parapétrolier français: une aventure industrielle à succès

Le secteur parapétrolier est constitué de l’ensemble des sociétés offrant des équipements ou des services aux compagnies pétrolières et gazières, ces dernières réalisant rarement elles-mêmes les importants travaux entrepris, dans le cadre de leurs investis­sements, ou de l’exploitation de leurs installa­tions. Elles agissent le plus souvent en maître d’ouvrage, ouvrant ainsi un large marché aux sociétés qui constituent l’industrie parapétrolière.

Le parapétrolier français regroupe l’ensemble des sociétés du secteur dont le siège social est en France ou les filiales et entités basées en France de groupes étrangers. Ce secteur représente aujourd’hui un chiffre d’affaires de 30.5 G€ et emploie environ 70 000 personnes, des chiffres multipliés respectivement par 4 et 1.5 au cours des 12 dernières années. Il est composé d’une quinzaine de sociétés réalisant un chiffre d’af-faires supérieur à 150 M€, d’une vingtaine de sociétés dont le chiffre d’affaires est compris entre 15 et 150 M€ et enfin de très nombreuses petites structures réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 15 M€.

Faute de réserves d’hydrocarbures importantes sur le terri­toire national et donc d’un marché intérieur significatif pour l’exploration-production, l’industrie parapétrolière française s’est tournée très tôt vers l’étranger et y réalise aujourd’hui 93% de son activité.

Les domaines d’intervention des sociétés françaises sont extrêmement divers : géophysique, ingénierie de puits et de réservoir, services aux puits, contrôle des écoulements, conception, construction et installation de conduites à terre et en mer, instrumentation, mécanique, opérations marines, génie civil, chaudronnerie, conception de sys­tèmes de production offshore, de raffineries ou usines pétrochimiques, fabrication de catalyseurs, etc. Grâce à son excellence technique, l’industrie parapétrolière fran­çaise a su se positionner sur le plan international dans le peloton de tête d’un certain nombre de secteurs.

Un environnement propice aux innovations technologiques...

La constitution de ce secteur résulte d’une politique pétro­lière nationale menée avec continuité à l’issue de la der­nière guerre mondiale. Le territoire national étant pauvre en ressources pétrolières et gazières, les gouvernements successifs ont mis en œuvre une politique résolue d’indépendance nationale en matière d’hydrocarbures, s’appuyant sur un dispositif législatif-la loi de 1928- instaurant des obligations de stockage stratégiques et protégeant l’industrie du raffinage et de la distribution sur le territoire national. Un dispositif industriel et financier a été mis en place pour faire émerger une industrie nationale compétitive au niveau mondial visant à créer des opérateurs pétroliers et gaziers natio­naux qui ont donné naissance à Total et GDF Suez. Il visait aussi à faire émerger des entre­prises capables de soutenir les opérateurs pétro­liers et gaziers en France et dans le monde : l’industrie parapétrolière. Enfin, organismes de recherche et financements spécifiques ont per­mis d’apporter à cette industrie nationale un flux continu de hautes compétences et de développer des technologies de pointe.

Cette politique a été couronnée de succès. En effet, bien que privée de ressources pétrolières et gazières significatives, la France a donné naissance au 4e opérateur pétrolier et gazier mondial, à des leaders mon­diaux dans le domaine de la géophysique, de l’ingénierie et des installations marines.

Enfin, le développement du secteur parapétrolier français a été favorisé par la création d’un institut de recherche et formation dédié à l’origine aux hydrocarbures : l’IFP.

Créé après la dernière guerre, l’IFP est un organisme public de recherche et développement, de formation et d’information, avec pour mission de développer les tech­nologies du futur dans les domaines de l’énergie du trans­port et de l’environnement. Son financement est assuré à la fois par le budget de l’État et par des ressources propres, provenant de partenaires privés français et étrangers. L’IFP assure le transfert entre recherche fondamentale, recherche appliquée et innovation. Dès l’origine, l’IFP s’est engagé dans la voie de la valorisation industrielle des résultats de ses recherches en soutenant la création d’une trentaine d’entreprises ; certaines d’entre elles sont devenues d’im-portants groupes industriels.

Différents mécanismes de financement public ont contri­bué au développement de produits, technologies et ser­vices de pointe : le Réseau de recherche sur les Technologies Pétrolières et Gazières (RTPG) qui a pris la relève du Fond de Soutien au Hydrocarbures (FSH), ainsi que le Comité d’Études Pétrolières et Marines (CEP&M) qui finançait spécifiquement les projets offshore, ont per­mis de concentrer l’aide publique sur des projets de R&D réalisés exclusivement en partenariat entre entreprises et/ou institut de recherche (IFP, Ifremer, etc.). L’implication de centres de recherche apporte aux sociétés, souvent des PME-PMI, une expertise technique, des moyens d’essais et des capacités de veille technologique qui contribuent fortement à leur développement. De même, la présence d’entreprises pétrolières et gazières per­met d’accéder à des applications industrielles comme le montre, de façon exemplaire, le développement par Total de Girassol en Angola (rendu possible grâce aux innova­tions développées via ces mécanismes de soutien à la recherche par un panel de sociétés françaises).

 

Ont également été créés des organismes consultatifs pour l’amont et l’aval de l’industrie pétrolière et gazière auprès du Ministère de l’Industrie. Cette coordination a permis d’assurer la cohérence entre les orientations politiques des pouvoirs publics, les programmes scientifiques et techno­logiques publics et privés et les besoins du marché. Enfin les entreprises parapétrolières se sont regroupées au sein du GEP (Groupement des Entreprises Parapétrolières et Paragazières, voir plus loin l’interview du Président du GEP).

En 2007, suite à l’arrêt des financements publics via le RTPG/CEP&M et conscientes de l’apport capital d’un mode de fonctionnement collaboratif pour maintenir la compétitivité du secteur parapétrolier national, les plus grandes sociétés de l’industrie pétrolière, gazière et para-pétrolière, française ont initié et soutiennent, avec le concours de l’IFP, le programme CITEPH (voir interview citée).

Des sociétés qui occupent les premières places mondiales dans leurs secteurs...

Le parapétrolier français constitue un tissu d’entreprises performantes et dynamiques. Certaines occupent aujour-d’hui des places de premier rang.

Services géophysiques

CGG a longtemps occupé la deuxième place du marché de l’acquisition et du traitement géophysique derrière WesternGeco. Depuis sa fusion avec Veritas DGC en 2007, le nouvel ensemble CGGVeritas occupe désormais la pre­mière place, avec 28% de parts de marché. En matière d’équipements géophysiques, Sercel, filiale de CGGVeritas représente à elle seule 54% de parts de mar­ché, devant son concurrent principal l’américain ION.

Services aux puits/forage

Schlumberger fait partie des leaders mondiaux dans les services aux puits, en offrant un panel très complet de ser­vices aux compagnies pétrolières : forage, completion, mesures en cours de forages et différées (wireline logging), optimisation du puits, pompage, etc.

La société Vallourec, quant à elle, conçoit et fabrique des tubes pour le forage : aussi bien des tubes de cuvelage (casing) et de production (tubing) que des tiges de forage (drill-pipe). Elle aussi occupe une position de leader sur ce segment. Sa technologie de tubes sans soudure trouve aussi des applications dans le transport du gaz, le raffina­ge, la pétrochimie.

Dans le domaine des services autour du puits, Geoservices est le leader mondial des diagraphies instan­tanées en cours de forage (mud logging) avec 30% de parts de marché.

Développements offshore

Dans le domaine de l’ingénierie et de la construction off­shore, Technip occupe aujourd’hui la seconde place mon­diale avec 10% de parts de marché. Le groupe a su gagner des parts de marché et les maintenir grâce à la mise au point de supports de production novateurs tels la plate-forme TPG 500, et à l’absorption de sociétés ayant déve­loppé des concepts nouveaux. Technip a été créée par l’IFP en 1958 et n’était alors qu’un modeste bureau d’études. Après un fort développement, Technip fusionne en 2001 avec Coflexip, créée par l’IFP en 1971 autour du concept novateur des conduites flexibles et est devenu aujourd’hui un fournisseur de premier plan pour les plus grands pro­jets internationaux.

Doris Engineering occupe également une place reconnue sur le marché des développements offshore, par exemple avec le design de la structure de la plate-forme Hibernia (Canada), premier support flottant à être installé en envi­ronnement arctique et conçu pour pouvoir résister aux ice­bergs.

Certaines sociétés, à l’origine françaises, sont maintenant intégrées dans des groupes européens, mais une partie des forces vives est restée en France. C’est le cas de Bouygues Offshore devenue Saipem SA ou Comex Services et ETPM intégrés à Acergy (anciennement Stolt Offshore).

Les compétences et le savoir-faire français dans le domai­ne de l’offshore profond et ultra profond, notamment pour tous les aspects liaison fond-surface, sont aujourd’hui reconnus par tous les opérateurs pétroliers.

Modélisation géologique et ingénierie de réservoir

Beicip-Franlab, résultat de la fusion en 1992 de deux sociétés créées par l’IFP dont elle est filiale à 100%, a deux pôles d’activité : conseil dans le domaine de la caractéri­sation des bassins et de la modélisation des gisements ; édition et commercialisation des logiciels utilisés pour les études en exploration-production, logiciels issus des tra­vaux de recherche de l’IFP. Beicip entretient des relations étroites avec les compagnies nationales de pays produc­teurs : Arabie Saoudite, Koweït, Qatar, Venezuela, Algérie, Mexique, etc.

Citons également Earth Decision Sciences (récemment racheté par Paradigm), dont l’activité de vente de licences et de services s’est construite autour d’un produit phare, GOCAD (issu des travaux de L’École de Géologie de Nancy), géomodeleur et plate-forme de développement permettant l’intégration d’applications dans le domaine des géosciences.

 

Ingénierie pétrolière et gazière

Technip est particulièrement bien positionnée sur le mar­ché de l’ingénierie pétrolière et gazière avec la réalisation d’usines de liquéfaction de gaz naturel (Arzew en Algérie, Bonny Island au Nigeria entre 1995 et 2007), de transfor­mation du gaz naturel en carburants liquides (Oryx GTL, Qatar, 2006) ou encore d’installations pétrochimiques ou raffineries.

Concernant le transport du gaz par méthanier, Gaztransport & Technigaz, filiale de GDF SUEZ et de Total, a développé le concept de cuve à membranes inté­grées à la coque du navire : aujourd’hui, la majorité des méthaniers construits dans le monde est équipée de telles cuves, qui sont aussi utilisées pour les stockages terrestres.

Procédés et catalyseurs pour les unités de traitement

Axens, issue de la fusion en 2001 de Procatalyse et d’une partie des équipes de l’IFP, est un acteur international majeur sur ce secteur. Axens regroupe en une seule entité les activités de bailleur de licences, concepteur d’unités et services associés, fournisseur de produits (catalyseurs et adsorbants) et services avancés pour les marchés du raffi­nage, de la pétrochimie et du gaz. Axens est à l’origine de plus de 1 700 unités industrielles dans le monde, utilisant les licences de désulfuration des essences (Prime G) et des gazoles (Prime D) ou la production d’aromatiques (Paramax, Eluxyl).

Le groupe IFP inclut également la société Prosernat (trai­tement des gaz acides, dont le procédé Sprex développé avec Total et l’IFP).

Le succès des entreprises parapétrolières françaises à l’international est dû en grande partie à leur excellence tech­nique et leur capacité d’innovation, acquises grâce à des efforts de R&D constants, facilités par la présence de com­pagnies pétrolières et gazières, de sociétés parapétrolières, de centres de recherche et de sources de financement publiques et privées, favorisant la coopération entre sociétés et les échanges entre experts. Aujourd’hui, mal­gré un marché intérieur minime, l’industrie parapétrolière française a su se positionner sur le plan international dans le peloton de tête des secteurs parapétroliers nationaux et rivalise avec les plus grands (USA, Norvège). Enfin, grâce à son positionnement «High Tech», l’industrie parapétro-lière française est moins soumise aux aléas économiques que le secteur parapétrolier, très cyclique, peut connaître. ●

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