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décembre 2021

[La Revue des Mines #514] FINANCE : EXPERTISE ET RÔLES DES INGÉNIEURS

Le terme d’ingénierie financière est passé dans le langage courant et démontre, même s’il est généralement appliqué au financement de projets complexes, que la démarche analytique de l’ingénieur et sa capacité d’innovation technologique trouvent bien à s’exercer dans le monde de la finance et de la monnaie comme ils le font depuis longtemps dans celui de la macroéconomie.

Dossier coordonné par PHILIPPE SIMON (P72)


En un peu plus de deux siècles les économistes ont généralisé le recours aux mathématiques et à la modélisation pour rendre compte de la réalité qu’ils appréhendaient avec toujours plus d’exactitude. La première illustration en est la conception de systèmes logiques de comptabilité nationale, liant l’économie réelle aux soldes monétaires. Les sciences économiques vont au-delà de la comptabilité et ne peuvent s’abstenir d’être également des sciences sociales. Leurs méthodes  d’enquête doivent cependant rester rationnelles et rigoureuses si elles prétendent expliquer les sociétés ou éclairer la prise de décisions concrètes.
Ces qualités sont celles exigées de tout ingénieur travaillant dans les sciences “dures”.
La perspective d’une crise économique majeure, aux impacts sociétaux profonds, précipitée par les mesures conservatoires décidées en urgence face aux dommages de la pandémie, provoque dans le débat public un foisonnement de théories, prédictions, et analyses plus ou moins crédibles, réalistes, utopistes ou alarmistes, rarement étayées par un raisonnement cohérent. Ceci d’autant plus que la catastrophe redoutée résulte de déséquilibres et d’erreurs bien antérieurs au phénomène Covid. Il est donc légitime d’interroger les ingénieurs sur leur capacité à décrire et quantifier l’existant, à analyser les causes premières des problèmes constatés, puis à proposer outils et paradigmes nouveaux capables de contribuer au redressement de l’économie ou de restaurer un minimum de confiance dans les décisions des gouvernants comme des acteurs privés. Le présent dossier est ainsi structuré en trois volets.

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1- ÉTAT DES LIEUX DE LA FRANCE APRÈS 20 MOIS DE PANDÉMIE : BILAN MACROÉCONOMIQUE ET TENDANCES LOURDES

Joël Henri (N67) dont la carrière multisectorielle s’est déployée dans des fonctions de contrôle de gestion puis de direction financière, a coordonné l’ensemble du dossier. Il commence par dresser un tableau économique, financier et sociétal de la France à fin 2019, juste avant la pandémie. Ce constat montre des évolutions préoccupantes depuis 2000, en termes de décrochage de compétitivité face à l’Allemagne et de rétrogradation vers des partenaires européens supposés “plus fragiles” (Italie, Espagne, Pologne). La situation de la balance des paiements et le niveau de la dette extérieure appellent à une réflexion sur les leviers de redressement disponibles pour les décideurs publics comme privés, donc à une analyse des mécanismes de la monnaie et du crédit.

2- ÉCONOMIE, MONNAIE ET CRÉDIT : LES LEVIERS RÉGALIENS DU REDRESSEMENT

Les rôles respectifs des banques commerciales, de la banque centrale et de la BCE dans la conduite d’une politique économique sont décrits avec le concours de Philippine Cour-Thimann (N90) “lead economist” à la BCE, sans éluder la question de l’inflation du bilan de cette dernière due au rachat massif d’obligations des états membres et au “quantitative easing”. Un éclairage spécifique est ensuite consacré à l’impact de la crise Covid sur la dette nationale française (résultat du “quoiqu’il en coûte”). Le niveau de cette dernière et le danger majeur qu’il représente pour la cohésion nationale conduisent à proposer plusieurs scénarii alternatifs, tous liés aux décisions politiques de l’année 2022.
Toutefois les seules mesures de maîtrise des dépenses publiques ne suffiront pas à rétablir l’équilibre du budget et des soldes avec l’extérieur. La croissance nécessaire ne peut que résulter d’un redressement industriel, incluant des relocalisations de fabrications dont la dépendance critique à l’étranger s’est révélée durant la pandémie. L’État et l’Union européenne, agissant de concert, ont défini des plans de réindustrialisation dont les volumes et objectifs sont résumés.
L’exemple emblématique de la chimie pharmaceutique, défaillante durant la pandémie, par accumulation de décisions antérieures purement tactiques, est traité en détail avec le concours de François Giger (P72/CM75).
L’analyse présente les actions des pouvoirs publics pour encourager la relance du secteur, et les premiers exemples de réussites ponctuelles qui permettent d’espérer le succès de cette stratégie industrielle.

3- INNOVATIONS MONÉTAIRES ET FINANCIÈRES : L’INVENTIVITÉ DES INGÉNIEURS AU SERVICE DE LA CROISSANCE

L’innovation technique existe bien dans le secteur monétaire et financier, elle s’appuie naturellement sur le développement des ressources de calcul et de traitement de données massives, l’intelligence artificielle mais aussi la réalité virtuelle. Dans quelle mesure cette inventivité peut elle être mise au service d’une politique de relance industrielle et/ou d’une stratégie de retour à l’équilibre des comptes nationaux ?
Georges Maila (N99), professionnel de l’informatique bancaire, présente ainsi l’innovation technique qu’est la monnaie numérisée de banque centrale (MNBC) et les cas d’usage privilégiés qu’elle peut résoudre. Yann Le Floch (P02), spécialiste de la blockchain et développeur de produits financiers, démystifie le phénomène des cryptomonnaies au-delà du caractère spéculatif du Bitcoin. La Blockchain étant la technologie capacitante fondamentale de toute cryptomonnaie, il lance une réflexion sur les usages “vertueux” qui peuvent être imaginés pour ce nouvel écosystème Pierre Frécon (P97), pionnier du micro-capital- risque et investisseur dans les startups industrielles, dresse un constat réaliste de la modestie relative du secteur des Business Angels en France. Sa conclusion inattendue, loin des modélisations rigoureuses, rappelle l’importance du subjectif dans les décisions d’investissement et exhorte l’investisseur à la patience comme à l’empathie avec ceux qu’il choisit de financer. 

PHILIPPE SIMON (P72), directeur associé, Winnotek, directeur scientifique de la Revue – philippe.simon@mines-paris.org 

Auteur

Philippe est MBA d’University of Chicago, Booth School of Business.
Après une carrière double, industrielle (Aluminium Pechiney, SAFT, Faurecia, Thomson) et de Conseil (Bain & Cie, CSC Index, Braxton/Deloitte) il est cofondateur en 2009 du cabinet Winnotek spécialisé en valorisation de l’innovation, stratégies de Propriété Intellectuelle et montage de projets R&D collaboratifs. Voir les 14 autres publications de l'auteur

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