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février 2020

LA MESSE EN SI DE JEAN-SÉBASTIEN BACH

 CLUB MINES CULTURE

 

La Messe en si de Bach est un monument et le testament musical du compositeur. Leonardo Garcia Alarcón est un chef engagé et un des leaders de la musique baroque. On ne s’étonnera pas que Radio France ait programmé ce magnifique concert et que les mélomanes de Mines Culture n’aient pas voulu le manquer.


Les hasards de la programmation parisienne ont fait que, ce soir du 22 novembre 2019, cette œuvre était jouée simultanément à l’auditorium de la maison de la radio par le chœur et l’orchestre philharmonique de Radio France et cinq chanteurs solistes, sous la direction de Leonardo Garcia Alarcón, et par un ensemble belge à l’église Saint-Roch, où elle avait déjà été interprétée le 16 novembre par une autre équipe encore. Abondance de biens ne nuit pas, contrairement à l’idée de nos technocrates étatiques qui trouvent qu’il y a trop d’ensembles musicaux: ils ne connaissent pas l’Allemagne. Malgré cette concurrence, la salle était pleine, parmi lesquels 30 membres du club Mines culture et invités.

 

L’œuvre est hors normes:

  • D’une durée d’exécution de deux heures, elle est bien trop longue pour un office ;
  • Sa composition s’est étalée de 1724 à 1749, année précédant la mort du compositeur, qui n’aura pas eu l’occasion de l’entendre jouer dans son Première exécution complète en 1834 ;
  • 16 des 27 morceaux sont des Bach a souvent parodié ses musiques antérieures faute de temps, quand il lui fallait chaque semaine composer une cantate d’église. L’argument du manque de temps ne tient pas ici, vu la durée de gestation : il a sélectionné des pièces qu’il appréciait. C’est son génie que l’assemblage produise une unité ;
  • Cette œuvre d’un luthérien est œcuménique, ainsi quand elle célèbre sur les paroles du Credo “unam sanctam catholicam et apostolicam ecclesiam” (une église catholique...) : catholique renvoie ici à l’étymologie grecque “universel”. Elle est chantée en latin (sauf le Kyrie, grec) alors que Luther avait imposé l’allemand pour la musique religieuse choralre.

 

Dans une émission de la chaîne de télévision Mezzo qui demande à un musicien quelle œuvre il emporterait sur une île déserte s’il n’avait droit qu’à une seule, le chef d’orchestre John Elliott Gardiner répond: la messe en si. Pourquoi? “Il y a tout dedans”.

 

On y trouve la plupart des styles et formes pratiqués à l’époque de Bach ou hérités des siècles antérieurs : polyphonie sévère évoquant le plain-chant, motet a capella, écriture en imitation, fugues chantées par des masses chorales à 4 ou 5, puis 6, puis 8 voix, arias chambristes à l’accompagnement instrumental réduit, duos vocaux qui, avec d’autres paroles, ne dépareraient pas un opéra, fanfares diatoniques éclatantes, chromatismes dolents. Il ne manquerait que les récitatifs, chorals et morceaux purement orchestraux. On trouve au début du Et expecto resurrectionem un épisode presque atonal, qui anticipe des écritures bien plus tardives. Les contrastes théâtraux, typiques de la rhétorique baroque, abondent entre morceaux contigus voire à l’intérieur d’un morceau, ainsi dans cet Et expecto resurrectionem entre le début angoissé et la suite joyeuse. La virtuosité vocale exigée est élevée, particulièrement dans le Cum sancto spiritu, que Gardiner qualifie de pièce “most jazzy, most exotic” composée par Bach, qui traite les voix comme des instruments.

Affectivement aussi on trouve tout dans cette œuvre : jubilation, danse, tristesse, déploration, apaisement, sérénité, recueillement, tendresse, sévérité, rigueur, majesté, sublime, doute comme certitude.

Leonardo Garcia Alarcón, dirigeant par cœur !, a donné une interprétation puissante, inspirée et intelligente. Des variations en intensité et couleur de l’éclairage du plateau selon l’ambiance du morceau faisaient une mise en scène des interprètes, s’ajoutant à la coutume que les instrumentistes solistes se valorisent en jouant leur partie debout. Le bref portail solennel qui introduit le premier Kyrie a été joué dans la complète obscurité, comme un cri naissant du néant. L’emploi du grand orgue au lieu du positif de scène a conféré au Dona nobis pacem final, qui a été bissé, une magnifique coloration, quoique tirant la pièce plus vers la gloire que vers la paix (pacem)

 


PS : voir sur la page de Mines Culture le débat (passionnant et passionné !) au sujet de l’interprétation baroque : http://bit.ly/3aMDFQ4.

Nous invitons les lecteurs à poursuivre ce débat en postant des commentaires sous cet article.

Auteur

1969-70 : Institut de recherche des transports
1970-74 : Coopération technique (Sénégal)
1974-75 : auditeur, Centre de perfectionnement pour le développement et la coopération économique et technique du ministère de la coopération
1975-1992 : Coopéation technique (Côte d'Ivoire, Centrafrique)
1992-2014 : Agence française de développement
Depuis 2015 : retraité

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