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avril 2020

LA COOPÉRATION SPATIALE FRANCO-RUSSE

La France et la Russie jouissent depuis longtemps d’une relation privilégiée en matière d’Espace. Partenaires historiques dans ce domaine, les succès de leur coopération se comptent en nombre et ils sont engagés dans la poursuite d’une coopération fructueuse par le biais de projets bilatéraux et multilatéraux.


Le Centre National d’Études Spatiales (CNES) a été créé en 1961, porté par la volonté du Général de Gaulle de développer un programme spatial pour la France dans un contexte international marqué par la course à l’Es-pace. Chargé de coordonner les activités spatiales fran­çaises, comme notamment le premier projet de lanceur français Diamant, le CNES s’est tourné vers les puis­sances spatiales de l’époque, les États-Unis et l’Union soviétique, pour développer le programme français.

UNE COOPÉRATION NÉE EN 1966

Un premier accord intergouvernemental de coopération dans le domaine de l’exploration et de l’utilisation de l’es-pace à des fins pacifiques signé dès l’époque de l’Union soviétique en 1966 – soit seulement 5 années après la création du CNES – puis renouvelé en 1996 et complété en 1999, marque le premier rapprochement spatial France-Russie.

Dans les années 2000, une coopération prééminente encadrée par l’accord intergouvernemental de 2003 s’est construite autour du programme Soyouz en Guyane française. La construction d’une base de lancement en Guyane pour le lanceur russe visait trois objectifs majeurs :

  • compléter les services de lancement du lanceur lourd Ariane 5 et du lanceur léger Vega aux satellites de masse moyenne (3 tonnes en orbite géostationnaire),
  • ouvrir la voie à une coopération plus large entre l’Eu-rope et la Fédération de Russie dans le domaine des futurs lanceurs,
  • et introduire la possibilité de réaliser des vols habités depuis le Centre Spatial Guyanais (CSG) également appelé Port Spatial de l’Europe.

Cette coopération revêt un caractère exemplaire, comme en témoignent les 23 lancements réalisés depuis le vol inaugural de 2011. Ainsi, Soyouz a mis en orbite de nom­breux satellites scientifiques et stratégiques français et européens, tels que Microscope (satellite du CNES pour éprouver la théorie de la Relativité Générale d’Albert Einstein), Galileo et CSO-1 (satellite de reconnaissance militaire français). En 2019, Soyouz en Guyane a réalisé trois lancements, dont les six premiers satellites de la constellation OneWeb, les quatre derniers satellites de la constellation O3b et ANGELS, le premier nano-satellite développé par le CNES pour la collecte et la localisation de données.

Décollage de VS22 (Vol Soyouz n°22) en avril 2019 depuis le port Spatial de l’Europe (Kourou, Guyane française)

 

La création en 2015 de la nouvelle Corporation d’État “Roscosmos”, qui détient désormais une autorité hiérar­chique sur les industriels spatiaux russes en plus de ses responsabilités stratégiques et programmatiques, per­pétue la coopération spatiale franco-russe. En 2018, les deux agences spatiales ont réitéré leur souhait de coo­pérer : le CNES et Roscosmos ont signé un nouvel accord définissant le cadre de la coopération dans le domaine des sciences spatiales, s’inscrivant dans le sillage du pre­mier accord intergouvernemental de 1966. Cet accord promeut de nouveaux projets spatiaux à des fins paci­fiques et permet de diversifier la coopération en inté­grant des thématiques dans des domaines aussi variés que la biologie spatiale, l’étude du Soleil, l’utilisation de l’expertise française en robotique et navigation pour le programme d’exploration lunaire russe, la planétologie, l’étude de l’Univers et l’étude du climat depuis l’Espace.

Parmi ces projets, une expérience de biologie sera embarquée sur la capsule Bion-M2 dont le lancement est prévu en 2022 et qui a pour but l’étude des conséquences d’un séjour dans l’Espace sur les organismes vivants. Le CNES y participe en fournissant un système de téléme­sure baptisé MTB-2 (Mouse Telemetry on Bion). Le CNES et Roscosmos partagent la volonté de repenser la coo­pération dans l’évolution du contexte spatial actuel et de nouveaux sujets de coopération sont à l’étude, comme le développement de projets permettant l’exploration de la Lune ou l’utilisation de l’Espace pour une meilleure com­préhension de l’environnement terrestre.

LES PROGRAMMES MULTILATÉRAUX

Au-delà de la coopération bilatérale, la France et la Rus­sie contribuent également à plusieurs programmes mul­tilatéraux spatiaux.

Avec ses stations spatiales Saliout-7 et MIR, la Russie a ouvert la voie à la coopération spatiale internationale dans le vol habité, coopération qui se poursuit mainte­nant avec la Station Spatiale Internationale (International Space Station – ISS). Les avancées scientifiques sont nombreuses (physique, biologie, médecine...) et la Russie reste un des acteurs clefs du projet. En effet, la Russie est pour le moment le seul pays à pouvoir offrir un accès à l’Espace aux vols habités. C’est ainsi que tous les cosmo­nautes, y compris le dernier spationaute français en date Thomas Pesquet (voir photo), qui s’envolent vers l’ISS le font depuis le cosmodrome russe de Baïkonour, au Kazakhstan. Cette situation évoluera toutefois prochai­nement avec les projets américains de Space-X (Crew Dragon) et de Boeing (Starliner).

Les deux pays sont aussi signataires, avec les États-Unis et le Canada, de l’accord international qui régit, depuis 1988, le fonctionnement du programme de recherche et de sauvetage Cospas-Sarsat ; cette technologie fournit des alertes de détresse et des données de localisation précises et fiables afin que les autorités de recherche et sauvetage puissent venir en aide aux personnes en détresse, grâce à un système de satellites capable de détecter les émissions de radiobalises.

Roscosmos et le CNES participent également au pro­gramme spatial européen porté par l’Agence Spatiale Européenne (European Space Agency – ESA) en contri­buant largement aux programmes d’exploration les plus complexes et les plus ambitieux tels que BepiColombo (mission d’exploration de Mercure) et ExoMars (mission d’exploration de Mars).

Outre la coopération féconde avec Roscosmos, le CNES collabore également avec d’autres organismes de recherche russes. Par exemple, le CNES collabore avec l’IMBP (Institut des questions médico-biologiques de l’Académie des sciences de Russie) pour la préparation, l’organisation et l’exécution d’expériences scientifiques de confinement SIRIUS (Scientific International Research in Unique Terrestrial) ayant pour but l’étude de la psy­chologie et de la capacité de travail d’êtres humains en milieu confiné. Ces études sont fondamentales pour pré­parer l’exploration humaine de l’Espace, en permettant de simuler des vols spatiaux de longue durée d’un équi­page international vers la Lune ou des planètes de notre Système solaire. Ainsi, cette année, SIRIUS-2020 débu­tera en novembre prochain à Moscou et durera huit mois, soit le temps nécessaire pour atteindre Mars.

Le domaine universitaire reste une autre priorité, notam­ment pour le développement de programmes d’éduca-tion et de formation, techniques et professionnels. Plusieurs instruments, nano-satellites et missions sont ainsi développés par des universités françaises (Mont­pellier, Grenoble, ISAE), en coopération avec des instituts de recherche et des universités russes telles que Bau-mann (où fut conçu le premier programme spatial sovié­tique), Lomonossov et Zelenograd.

 Le commandant et cosmonaute Oleg Novitski et le spationaute Thomas Pesquet dans leur vaisseau spatial Soyouz MS-03 amarré à la Station spatiale internationale, à la fin de la mission Proxima de six mois.

En plus de la coopération institutionnelle, la coopération industrielle spatiale entre nos deux pays se distingue par sa variété et sa constance. Le Groupe de travail Espace (GT Espace) du CEFIC (Conseil économique, financier, industriel et commercial franco-russe) permet d’évaluer l’état de la coopération industrielle bilatérale annuelle­ment et d’ouvrir la voie à de nouveaux partenariats. La dernière session du GT Espace, qui s’est tenue dans les locaux du CNES à Paris le 22 novembre 2019 sous la co-présidence du CNES et de Roscosmos, a souligné l’ex-cellence de la coopération industrielle dans le domaine spatial et a permis d’identifier de nouveaux domaines de coopération :

  • la numérisation et digitalisation des processus (c’est-à-dire la transition de systèmes analogiques vers des systèmes numériques-lanceurs, satellites, moyens de contrôle...- et la mémorisation sous forme digitale de la documentation),
  • la facilitation des procédures d’accès et d’échanges entre les acteurs,
  • l’inclusion des petites entreprises et des start-up dans l’écosystème spatial franco-russe,
  • la participation d’industriels dans les projets à forte composante scientifique, la fabrication d’équipements de haute technologie,
  • les projets de constellations de satellites.

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