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juillet 2013

L'articulation entre la recherche et l’industrie : l’exemple d'IFP Énergies nouvelles (IFPEN)

En France, la recherche publique et l’industrie sont deux mondes qui trop souvent s’ignorent. Le débat récurrent opposant la recherche fondamentale, noble par essen­ce, et la recherche appliquée, pervertie par le profit immé­diat, en est une illustration.

Depuis sa création après la dernière guerre, lFP Énergies nou­velles (IFPEN) a toujours veillé à concilier une recherche aca­démique de haut niveau avec un souci permanent de valori­ser les résultats de ses travaux sur le marché mondial. Le maître mot de ses travaux est l’innovation, c’est-à-dire une invention qui a trouvé son marché. Pour ce faire, il est néces­saire de mener des travaux scientifiques qui visent à lever les verrous technologiques. Mais la coopération avec l’industrie est indispensable pour valider l’innovation et trouver un marché.

Il n’y a pas opposition entre recherche fondamentale et recherche appliquée, mais plutôt un continuum. Yves Chauvin, prix Nobel de Chimie en 2005, qui a fait toute sa carrière à IFPEN en est une illustration. Ses travaux scienti­fiques de haut niveau lui on valu la reconnaissance interna­tionale avec le prix Nobel. Mais au cours de sa carrière, il a développé des procédés qui sont toujours commercialisés sur le marché mondial.

À l’interface entre recherche et industrie, IFPEN place l’inno-vation technologique et la formation au cœur de son action avec une double finalité :

  • satisfaire les besoins mondiaux fondamentaux que sont la sécurité énergétique (optimisation des filières énergé­tiques existantes et développement de nouvelles filières basées sur une diversification des sources énergétiques) et la sécurité environnementale (ce qui passe par la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de l’environnement) ;
  • développer la compétitivité industrielle française et euro­péenne et favoriser l’émergence de nouvelles filières indus­trielles, porteuses d’un potentiel de ré-industrialisation nationale et européenne, sources de richesse, d’emplois et d’exportation.

Le succès d’une politique d’innovation passe par un souci permanent de protection de la propriété industrielle et par une coopération à armes égales avec l’industrie.

Il convient en premier lieu de protéger les inventions par des brevets. Il y a trop d’exemples de chercheurs qui commen­cent d’abord par publier les résultats de leurs travaux dans des revues scientifiques, mais qui ne peuvent les valoriser, les brevets ayant été pris par des équipes concurrentes. La prise de brevets doit être un critère d’évaluation de la qualité des travaux et pas seulement le nombre de publications comme c’est encore trop souvent le cas dans la recherche publique française.

Pour la deuxième année consécutive, IFPEN fait partie des cent organisations mondiales les plus innovantes, selon le classement 2012 du Top 100 Global Innovator de Thomson Reuters. La sélection tient compte de différents critères liés à la performance en termes de propriété industrielle : taux de réussite du dépôt de brevet (ratio entre demandes de bre­vets publiés et brevets délivrés), volume de brevets dans des domaines innovants, marchés visés par le portefeuille de bre­vets et influence des brevets (fréquence des citations des brevets d’IFPEN par ses concurrents).

Une fois les inventions protégées par des brevets, les cher­cheurs sont en mesure d’ouvrir des collaborations avec l’industrie qui in fine prendra le risque de la première démons­tration industrielle et permettra de transformer l’invention en innovation et de valoriser les résultats de la recherche.

Les innovations issues des travaux d’IFPEN favorisent le déve­loppement économique des filières de l’énergie, des trans­ports et de l’environnement. Ainsi, depuis sa création, IFPEN a développé un ensemble de voies de valorisation qui, aujourd’hui encore, ne cessent de démontrer leur efficacité :

  • Création ou développement de filiales stratégiques per­mettant à IFPEN de porter sur le marché ses innovations. Ces entreprises, fortement créatrices d’emplois et exporta­trices de technologies françaises, opèrent aussi bien dans la recherche pétrolière, le conseil et l’ingénierie, en passant par la fourniture de produits, d’équipements et de services, que dans les nouvelles technologies de l’énergie (CCS, bio­carburants, véhicules hybrides et électriques, etc.). À titre d’exemples, Coflexip et Technip, aujourd’hui fusionnées en une seule entité, ont toutes deux été créées par IFPEN et forment un groupe industriel leader mondial dans son domaine de plus de 40 000 personnes. De même, Axens, créée en 2001, devenue le second acteur mondial dans la fourniture de technologies et de catalyseurs de raffinage, a en un peu plus de dix ans triplé ses effectifs (1 200 personnes) et quadruplé son chiffre d’affaires (400 M€). Au total, au niveau du Groupe IFPEN, sur l’ensemble des filiales et participations, ce sont plus de 500 emplois créés depuis 2005.
  • L’accompagnement du développement d’entreprises dont le projet industriel cadre avec les priorités stratégiques d’IFPEN.
  • Une valorisation technologique, via la réalisation de projets de recherche collaborative (JIP, consortiums, contrats bila­téraux, etc.).
  • La relation avec les PME dont IFPEN accompagne le déve­loppement. Vingt nouvelles PME bénéficient ainsi chaque année de l’apport de recherche et développement des équipes d’IFPEN. En moyenne, pour chaque PME accompa­gnée, ce sont trois emplois créés.
  • Le transfert de savoir-faire à des sociétés en amorçage ou en développement par l’intermédiaire des fonds Demeter, Demeter 2 et 3E.
  • L’essaimage, par lequel IFPEN aide ses salariés à créer des sociétés qui vont valoriser son savoir-faire.

 

Parce que la compétitivité des partenaires industriels d’IFPEN passe aussi par l’excellence de leurs personnels, la formation occupe depuis l’origine une place prépondérante dans les activités de l’institut. Dans un contexte énergétique en plei­ne mutation, IFP School, partie intégrante d’IFPEN, et IFP Training, filiale de formation continue d’IFPEN, accompa­gnent au plus près les industriels dans leurs besoins en per­sonnels qualifiés pour répondre aux défis techniques, écono­miques et environnementaux actuels et futurs. IFP School, dans un environnement fortement international (50% des étudiants sont d’origine étrangère), propose à de jeunes ingénieurs diplômés des formations complémentaires de 3ème cycle aux métiers de l’énergie, de l’automobile et de l’environnement. IFP Training apporte pour sa part chaque année, à près de 15 000 salariés de l’industrie, des formations professionnelles, en France et à l’étranger, leur permettant d’être compétitifs.

Les prix obtenus, les classements en matière de dépôts de brevets, la réussite économique des filiales et partenaires d’IFPEN, l’excellence en matière de formation marquent la reconnaissance internationale de la qualité de la politique d’innovation et de valorisation conduite par IFPEN, visant à protéger les résultats de ses recherches, à procéder à des transferts de technologie vers l’industrie, et à créer de la richesse et de l’emploi.

Depuis quelques années, on constate une évolution du Système Français de Recherche et d’Innovation qui intègre de plus en plus l’impératif de valorisation de la recherche publique. La création des Instituts Carnot et plus récemment des Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologie en sont deux exemples. L’innovation et la valorisation de la recherche sont maintenant intégrées dans la politique de recherche. Mais, il faudra beaucoup de volonté et de persé­vérance pour rejoindre le niveau de nos partenaires alle­mands ou anglo-saxons. ■

 

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