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septembre 2020

L'AIDE DES ÉLÈVES DES MINES À DEUX HÔPITAUX FRANCILIENS

Depuis plusieurs années, MINES ParisTech déploie des activités de recherche et d’enseignement dans le secteur de la santé, devenu ainsi un des secteurs de référence pour notre institution... qui ne pouvait rester à l’écart des problèmes créés par la crise sanitaire!

 

L’ÉQUIPE DES MINEURS IMPLIQUÉS

  • Élèves de MINES ParisTech: Quentin Beroud, Théophile Bousquet, Lucas Bouvignies, Michel Eid, Federico Fortis, Sarah Kleinmann, Léon Liu, Marie Sterkos, Mohamed Karim Abid, Caroline Adamy, Julien Di Mascolo et Louis Paletta
  • Doctorante, CGS, MINES ParisTech: Caroline Jobin

Ces dernières années à MINES Paris-Tech, de nombreux travaux ont pu être menés sur des sujets aussi bien de sciences “dures” (en mécanique ou matériaux pour la santé, ou encore en bio-informatique) qu’en sciences éco­nomiques et sociales. Pour ce qui concerne la spécialité qui est la nôtre, les sciences de gestion, ce sont des dizaines de collaborations qui ont été nouées avec des partenaires du monde de la santé, pour les accompagner dans les transformations profondes qui les ont touchés.

En particulier, le secteur hospitalier a connu une vague de rationalisation majeure qui l’a mené à revoir ses sché­mas d’organisation, avec par exemple l’obligation faite à chaque hôpital de se regrouper dans des GHT (groupements hospitaliers de territoire) ou celle de réduire le nombre de lits et de prendre en charge les patients sur des durées de séjour de plus en plus courtes (réforme dite du “virage ambulatoire”). La réforme du financement, mise en place au milieu des années 2000, a éga­lement constitué un changement à fort impact sur les hôpitaux. Sur tous ces sujets, le CGS (Centre de Gestion Scien­tifique) de l’École a été présent, et a accompagné aussi bien les établisse­ments hospitaliers que leur tutelle dans le pilotage de ces réformes.

L’hôpital Avicenne a demandé de l’aide sur des équipements, mais aussi pour assister les médecins hospitaliers pour les téléconsultations et les risques de contamination à l’hôpital.

DES HÔPITAUX DEMANDEURS

Lorsque la crise du Covid-19 a débuté, en mars dernier, l’École ne pouvait pas rester à l’écart et adopter une posture d’observation des conséquences ter­ribles de la pandémie sur la population et sur les hôpitaux. Il nous paraissait important de contribuer à la gestion de cette crise, en proposant nos services aux établissements que nous avions déjà accompagnés. D’autant que, en parallèle, des élèves de l’École, et notamment de l’Option Gestion Scien­tifique-Organisation et performances de l’entreprise dont je suis responsable, m’avaient spontanément contacté pour me faire part de leur désir de porter aide aux hôpitaux.

Peu de temps après, un, puis deux éta­blissements se sont manifestés pour nous demander de les aider face à la crise.

Ce fut d’abord l’hôpital de Montreuil qui nous a contactés, par l’intermédiaire de son directeur délégué, pour nous pro­poser de l’épauler face à la pénurie d’équipements et de matériels qui com­mençait à apparaître, notamment dans le service de réanimation. Très vite, une équipe de huit élèves de l’École s’est constituée et, en constante coordina­tion avec la direction et les médecins de l’hôpital, a cherché à explorer diffé­rentes pistes pour faire face à cette pénurie, notamment en pousse-serin­gues électriques (voir à ce sujet l’article page 28). Il s’est agi notamment de prendre langue avec des organismes capables de concevoir des matériels avec des imprimantes 3D, puis de réflé­chir aux moyens de les utiliser rapide­ment, ce qui nécessitait de recourir à des procédures de dérogation au pro­cessus de certification. Puis l’hôpital a fait état également de questions de suivi des patients Covid en post-hospi­talisation: comment réussir à maintenir un suivi une fois que le patient retourne à son domicile? Le groupe d’élèves a alors, en parallèle à la poursuite de leur premier sujet, étudié avec l’ARS-Ile de France (Agence régionale de Santé), les outils permettant d’effectuer un tel suivi.

FORMATION ET COMMUNICATION

Puis, un second établissement, l’hôpital Avicenne, cette fois par l’intermédiaire d’une de ses chefs de service, a à son tour formulé des besoins face à la crise du Covid. Outre des questions similaires au premier cas, les sujets tournaient cette fois autour de l’aide aux médecins hospitaliers, en matière d’une part de téléconsultation et d’autre part des risques de contamination à l’hôpital. Pour y répondre, une équipe de quatre élèves s’est constituée.

Le premier sujet concernait les méde­cins, pour qui la téléconsultation appa­raissait comme particulièrement adaptée au suivi de leurs patients en période d’épidémie, mais qui avaient besoin d’être accompagnés dans la prise en charge de l’outil et de la plate-forme permettant une telle pratique. Les élèves ont donc, après une période de formation accélérée auprès d’une experte de ces outils, organisé à leur tour des sessions de formation indivi­duelles pour les médecins intéressés, pour leur expliquer pas à pas, de manière concrète et opérationnelle, comment utiliser le dispositif de télé-consultation.

S’agissant du second sujet, les élèves ont réalisé une vidéo à destination, dans un premier temps, des médecins de l’hôpital, qui résume dans un mode très documenté et scientifique les risques de contamination dans un cer­tain nombre de situations rencontrées à l’hôpital. Pour ce faire, les élèves ont lu des dizaines d’articles scientifiques publiés dans des revues faisant autorité (The Lancet, The New England Journal of Medicine, etc.) qui avaient été ciblées par deux médecins de l’établissement, M-L Lopez (à l’origine de la demande) et J-R Zahar, et ont su les retranscrire sous une forme récréative, aérée et ani­mée par de petits personnages.

UNE COLLABORATION ENTRE DIFFÉRENTES EXPERTISES

Nous pouvons tirer plusieurs enseignements de ces expériences. En premier lieu, l’élan de générosité de la part des élèves a été remarquable: ils ont très vite répondu présent, et ont consa­cré beaucoup de temps à cette aide, réussissant à conjuguer leurs actions pour les hôpitaux et la poursuite de leurs cours et examens. Par ailleurs, leur intervention a montré que des élèves-ingénieurs pouvaient beaucoup apporter au monde hospitalier, en mettant à son service leur rigueur, leur rationalité et leurs compétences organisationnelles, techniques et scientifiques.

De plus, derrière la demande des éta­blissements, on a pu mieux mesurer le caractère radicalement exceptionnel de la situation. Les hôpitaux d’Île-de-France ont été confrontés à une crise sans précédent, qu’ils ont su gérer en mettant en œuvre des mécanismes innovants et agiles, dont la présente collaboration avec les Mines en est l’il-lustration. Il a fallu trouver, dans l’ur-gence, de nouveaux schémas de fonctionnement, nouer des partenariats inédits, débloquer des situations, ras­sembler ou faire appel à de nouvelles expertises...

Et, à titre plus personnel, malgré le contexte particulièrement anxiogène, j’ai beaucoup apprécié de pouvoir éta­blir d’autres formes de relations à la fois avec les établissements hospitaliers et avec les élèves, sur un mode davantage collaboratif et de grande confiance. Nous nous trouvions unis pour une cause commune, qui nous faisait sortir de nos habits traditionnels de cher-cheur/demandeur, maître/élève ou d’apprenants/sachants. La notion-même de sachants a été particulière­ment bousculée pendant cette période, marquée par une très forte incertitude et par une remise en question de la notion de preuves scientifiques et plus généralement de bon nombre de repères et paradigmes jusque-là large­ment partagés.

Nous avons ainsi collectivement appris à mieux gérer les situations de crise en régime de profonde incertitude, durant lesquelles la collaboration entre diffé­rentes expertises, médecins et ingé­nieurs en particulier, se révèle de plus en plus précieuse. ▲

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