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juillet 2013

Innovation, une vue depuis la «Silicon Valley»

L'«innovation» est l’un des étendards brandis par les socié­tés, les universités, les media et les investisseurs dans la «Silicon Valley». Elle est au cœur d’un cycle vertueux : de riches ressources économiques encouragent le développe­ment du capital humain qui, à son tour, supporte l’innovation, laquelle crée de nouvelles technologies qui produisent de nouvelles ressources économiques. Bien entendu les fruits de l’innovation sont protégés par de solides institu­tions.

Schumpeter explique que «le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais à côté de l’ancien. Il lui fait concurrence jusqu’à lui nuire». D’où cette notion de «destruction créatrice».

Trois étapes existent dans le processus d’innovation.

  • Reconnaissance d’un besoin sociétal dans le marché (trai­tement des tumeurs cancéreuses par exemple).
  • Mise en place d’une équipe compétente inventant ou dis­posant de la technologie nécessaire (recherche). Les dépenses de R&D représentaient aux USA en 2012 approximativement 31% des dépenses mondiales de R&D soit 436 G US$ répartis entre le gouvernement, les universi­tés et les sociétés privées. Les recherches dédiées unique­ment à la santé étaient estimées à 135 G US $, (dont 9,8 G US $ pour les instruments médicaux) soit 5% des 2 700 G US $ dépensées globalement pour la santé, toujours aux USA. Les dépenses dans les domaines de la pharmacie et des biotechnologies y sont encore de loin les plus impor­tantes. Il n’existe pas de statistiques fiables pour la «Silicon Valley» ; on sait simplement que plus de 20% des demandes de brevets aux États-Unis y sont générées.
  • Financement du développement

Une idée nouvelle peut utiliser et adapter des techniques existantes pour développer un produit demandé par le marché

Ainsi la société médicale Accuray a combiné les technologies de robotique, de radiologie, d’imagerie médicale en déve­loppant un Software pour traiter les tumeurs cancéreuses.

Le processus de développement d’une innovation est le plus souvent itératif entre les activités de concept, de marketing, de recherches et de fabrication. Il serait linéaire si la recherche fondamentale était suivie par une phase d’engineering et de fabrication, mais c’est très rarement le cas.

Financement du développement

Des sociétés ont pu s’autofinancer en ayant au début une activité conseil. D’autres ont pu bénéficier d’un prêt du gou­vernement comme ce fut le cas pour des innovations écolo­giques (solaire, voitures électriques, etc.).

Mais en général le financement est assuré par des sociétés de capital-risque ou des particuliers (angels).

Le Capital Risque

Aux USA, les fonds de capital-risque amorçage ont investi près de 7 G US$, soit une progression de 17% en valeur par rapport à la même période en 2012, et de 7% en volume (contre 24 M US$ en France au premier semestre 2012).

Aux USA, les fonds de capital-risque développement ont investi près de 15 G US$ (contre 450 M US$ en France au pre­mier semestre 20121).

Fin 2011, la «Silicon Valley» a reçu 46% du capital-risque investi aux États-Unis. Ces investissements, en dehors des programmes d’ordre publique ou semi publique, provien­nent des V.C (Venture Capital) et des «Anges». Ces derniers, plus de 200 000, sont en général prêts à prendre plus de risques si les espoirs de gain sont très substantiels. Ceci est possible grâce à l’existence d’une infrastructure légale qui sert de support à la formation, au financement et au déve­loppement rapide.

 

Pre et Post Money

Prenons comme exemple des associés qui pensent avoir une idée intéressante accompagnée de quelques brevets et de la maîtrise d’une nouvelle technologie. La constitution d’une société virtuelle sans capital est la première étape. Cette société a une valeur dite de «Pre-Money» basée sur une esti­mation de l’intérêt des investisseurs potentiels. La vraie valeur ne sera connue que lorsque l’on connaîtra la valeur «post- Money».

Ainsi une société XYZ qui se constitue avec 100 actions pro­priétés des fondateurs est à la recherche de cash provenant d’un ou plusieurs investisseurs. Si l’un paye 10 M US $ pour l’acquisition de 20 nouvelles actions, il a 20/120 % du capital pour 10 M US$, donc la valeur «Post-Money» de la société vaut six fois plus soit 60 millions.

La valeur «Pre-Money» s’établit maintenant à 60-10 = 50 mil­lions. Les fondateurs ont dilué leur pourcentage à 83,33%. Les investisseurs pensent obtenir un très bon rendement financier sur leur pari, il en est de même pour les fondateurs. Il est évident que les discussions entre investisseurs et fon­dateurs impliquent la présentation de «business Plan», d’exercices de «due diligence», de formules contre la dilution des actions tandis que se négocie la représentation au conseil d’administration, etc.

Le cadre de l’accord d’investissement est défini par une «Term-Sheet»

Après signature, la «Term-Sheet» guide les avocats pour pré­parer le document final qui comprendra le prix par action, les droits de vote, les droits d’enregistrement, etc.

Le financement d’une «start-up» se fait en général en plusieurs tours (A, B, C, etc.) pour minimiser les risques et moti­ver les entrepreneurs.

Ce cadre a été utilisé pour la naissance de nombreuses com­pagnies médicales dans la «Silicon Valley».

On peut citer la société Intuitive et son robot «Da Vinci», Accuray dans le domaine des radiations, «Endogastric solu­tion» pour maîtriser les phénomènes de reflux gastriques et maintenant «Cephea valves technologies» pour le traitement peu invasif des problèmes cardiaques. J’ai eu le privilège de suivre, par l’intermédiaire d’un de mes fils, Thierryi, le déve­loppement de ces différentes sociétés.

À l’origine, il y avait toujours un praticien (médecin, chirur­gien ou chercheur) qui a une idée innovante pour améliorer les conditions de traitement des malades souvent en créant des procédures moins invasives et donc plus économiques.

Conclusion

La route est longue entre la naissance d’une idée nouvelle et le passage à l’application commerciale. Se suivent la construction de prototypes, la validation des tests, s’il y a lieu, l’autorisation de la FDA (Federal Drug Administration), l’ac-ceptation de remboursement par les compagnies d’assurance et toujours la crainte sous-jacente de voir apparaître une nouvelle technologie. ■

1http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20130326trib000756126/pourquoi-le-capital-risque-francais-prend-de-moins-en-moins-de-risques.html


 

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