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septembre 2020

GROUPE ALLEMAGNE : UNE APPROCHE DIFFÉRENTE DU COVID-19?

Le 5 juin, le Groupe Intermines Allemagne a organisé un Afterwork en visio, pour comparer les expériences France/Allemagne du Covid-19. Du coup, nous avons pu rencontrer des ingénieurs éloignés (Düsseldorf, Heidelberg, Francfort, Munich, Hambourg, Lyon et Paris) et rassembler plusieurs générations (promos 1973 à 2004), un élargissement bienvenu et fructueux.

L’impact du virus par les chiffres: quelques données officielles. La pre­mière différence marquante est le nombre de décès: début juin, la France comptait plus de 29 000 décès, soit trois plus qu’en Allemagne (8 600). Pourtant le nombre de personnes infectées était bien plus important de l’autre côté du Rhin: 183 000 personnes, 30 000 cas de plus qu’en France.

Un dépistage plus systématique? Plusieurs participants se sont demandé si l’Allemagne avait testé plus systématiquement. Des stations de tests provisoires et stations drive-in (à Berlin et Stuttgart par exemple) ont été mises en place, mais les tests n’étaient pas ouverts à tous. Mi-mai, les Allemands avaient cumulé plus de 4 millions de tests. Plusieurs grands acteurs nationaux se sont lancés dans la production de tests dédiés, comme Roche qui détient plus de 40% du marché mondial des tests PCR.

Des capacités hospitalières différentes? L’Allemagne possède plus de 30 000 lits en soins intensifs dont 12 665 étaient libres au 20 avril. Pour libérer des lits, certaines opérations chirurgicales programmées ont été repoussées. Malgré une mobilisation importante des hôpitaux publics, les capacités françaises étaient deux fois moindres.

Un confinement vraiment moins strict? En Allemagne, le confinement s’est décliné différemment: dans la plupart des Länder, pas besoin d’au-torisation papier pour justifier ses allées et venues, ni de restriction en termes de kilométrage. Pour cadrer le confinement, des amendes ont été mises en place: plusieurs centaines d’euros pour les particuliers ou de milliers d’euros pour les entreprises (jusqu’à 25 000 euros à Munich). À noter une spécificité bien allemande: le fédéralisme. Chaque Land a décidé des mesures à mettre en place et des délais d’application, et cela n’a pas fait de polémique ni dans les médias ni dans la population. 74% des Allemands approuvaient les mesures prises. Sondée mi-avril, seule­ment 20% de la population allemande aurait accepté un confinement à la française.

La gestion de la crise par les entreprises? Si de part et d’autre du Rhin le télétravail s’est souvent imposé, les solutions sont parfois différentes quand les entreprises ne peuvent pas «téléporter» leurs activités. Les chantiers ont continué en Allemagne sauf cas de Corona ou problèmes d’approvisionnement grave. Les restaurants allemands ont rouvert peu à peu courant mai, un land après l’autre, à demi capacité, avec les règles d’hygiène strictes et souvent l’obligation de noter les coordonnées des présents.

Des polémiques? Si finalement il y a eu très peu de polémiques sur l’approvisionnement en masques en Allemagne, certaines mesures de déconfinement ont été critiquées comme la reprise de la ligue de football. Les matchs se déroulent sans spectateurs, ce que la Fédération française de football a refusé.

Quelques anecdotes... Nos anciens basés à Düsseldorf n’ont jamais vu autant de gens courir au bord du Rhin! Mais chacun à 1,5 m de distance! Début mars à Düsseldorf, l’un de nos anciens s’est trouvé le matin à 6h45 en 20e position dans une queue interminable devant un magasin, pour finalement voir que les stocks de papier toilette, riz et pâtes étaient déjà épuisés. Si la discipline a été notée, elle n’a pas été de rigueur partout: dans la ville d’Heidelberg où vit l’une de nos collègues, plus de 100 étu­diants se sont rassemblés dans un appartement pour faire la fête! La police a dû intervenir.

En conclusion, les Allemands sont restés pragmatiques et fédéralistes n’ayant pas peur d’avoir des règles de confinement différentes d’un land à l’autre. Ils ont appliqué les consignes sanitaires mais ont cherché à maintenir au mieux une activité économique.

Auteur

Ingénieur des Mines de Saint-Etienne, j'ai commencé ma carrière par une thèse dans le domaine des matériaux et un post-doc au Japon. Après 3 ans d’activités au japon, je me suis installée en Allemagne où je développe depuis plus de 18 ans mes activités de conseil sur l'axe franco-allemand (stratégie de développement, veille technologique, recherche d'entreprises partenaires, organisation de missions, traduction technique, etc…) Voir les 3 autres publications de l'autrice

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