Retour au numéro
Vue 325 fois
janvier 2007

Gestion d’actifs pour compte de tiers : qu’est-ce qu’un multigérant ?

La gestion d’actifs est l’activité qui consiste à gérer des actifs pour compte de tiers, c’est-à-dire des actifs confiés par des investisseurs (particuliers, entreprises...) et qui doit être investi pour respecter un objectif gestion précis : gestion absolue, gestion diversifiée, gestion spécialisée, gestion active, gestion passive... Par exemple, si votre objectif est de dégager une performance de type inflation +4%, on parle de “performance absolue”. Si l’objectif est d’utiliser l’ensemble des classes d’actifs (actions, taux, moné­taire, matières premières...) dans une logique de réduc­tion du risque, on parlera de gestion diversifiée. contrario, un exemple de gestion spécialisée pourra être de type “Actions françaises” avec un indice de référen­ce CAC40. Dans ce dernier cas, on peut opter pour une gestion active (recherche d’une surperformance d’au moins 2% par rapport à l’indice) en acceptant de faire moins bien sur certaines périodes. Une gestion passive devra au contraire répliquer exactement le CAC40 en réduisant au maximum les écarts.

La multigestion est une branche d’activité de la gestion d’actif, qui part du principe que le monde de la finance est très vaste et relève de la compétence de spécialistes dès lors que l’on sort d’un univers d’investissement rela­tivement circonscrit.

Par exemple, un gérant français qui aura acquis une expertise sur les actions européennes pourra plus diffi­cilement battre ses pairs sur les actions américaines. De même, un gérant spécialisé sur les actions aura du mal à être également compétitif sur les taux ou sur les options.

En conséquence, au lieu de chercher à être spécialiste de l’ensemble du spectre des investissements possibles, le multigérant choisit d’investir dans la compétence d’autres professionnels identifiés pour leur savoir-faire sur un domaine précis. Sa valeur ajoutée est d’identifier ces spécialistes, de déterminer comment les combiner pour atteindre son objectif de gestion, et de se concen­trer sur le suivi de l’évolution des classes d’actifs et des zones géographiques pour déterminer quels paris seront payants à moyen terme.

Pour répondre à votre question, un multigérant est un gérant qui au lieu d’acheter directement des actions, des obligations... va concentrer ses efforts sur la recherche des meilleurs gérants actions, des meilleurs gérants obli­gataires... et qui va les assembler dans un portefeuille de manière à remplir son objectif de gestion.

Donc, vous gérez des fonds de fonds ?

C’est exactement cela. Nous gérons une gamme de fonds de fonds diversifiés (toutes classes d’actifs, toutes zones géographiques), de fonds de fonds spé­cialisés (actions américaines, actions européennes, tré­sorerie dynamique, gestion alternative...) et des man­dats correspondant aux besoins précis de certains clients.

Pouvez vous nous donner un exemple ?

Bien sûr. Nous gérons par exemple un fonds profilé investi en pivot à 45% en actions, 45% en produits de taux et 10% en monétaire. Ce produit correspond à un profil de client “Equilibré”, mais nous gérons de la même manière des produits “Prudents” (25-50-25) ou “Dynamiques” (75-25-0), voire “Agressifs” (100-0-0). Chacun de ces produits correspond à un profil de client particulier ainsi qu’un horizon d’investissement différent.

Qu’entendez-vous par “profil” d’investisseur?

Chaque investisseur se caractérise par un objectif de performance (EONI, EONI +X%, obligataire, actions), des contraintes spécifiques (liquidité, horizon de placement, fiscalité...) et son aversion au risque. Ce dernier point est essentiel car c’est le critère le plus dif­ficile à évaluer. Il correspond à la capacité des per­sonnes à accepter des pertes dans une certaine mesu­re. Par exemple, un jeune investisseur d’une trentaine d’année est en phase de construction de son patrimoi­ne. Son horizon de placement est supérieur à 20 ans. Dans ce contexte, son aversion au risque est en géné­ral faible, car les pertes enregistrées sur certaines périodes seront plus que compensées sur le long terme. contrario, un investisseur de 60 ans qui attend de ses placements un complément de retraite verra en chaque baisse de la bourse un risque potentiel sur son train de vie quotidien. Son aversion au risque est en général très forte. u final, le “profil” d’un client dépend à la fois de son objectif de performance et de son aversion au risque, sachant qu’il n’y a pas de produit miracle.

L’investisseur qui recherche un rendement élevé doit être prêt à en accepter le risque, même s’il existe diffé­rents moyens de le réduire au maximum.

Quels sont ces moyens qui peuvent réduire le risque ?

La théorie financière décrit un actif financier essentiel­lement au travers de trois variables : l’espérance de 

gain, le risque, mesuré par la volatilité des performances de l’actif, et la corrélation des rendements de cet actif avec les rendements des autres actifs. La volatilité d’un portefeuille composé de plu­sieurs actifs va dépendre à la fois de la volatilité de chacun des actifs (pondérée par son poids dans le portefeuille), mais aussi des corrélations entre les actifs. Ainsi, l’investissement simultané dans des actifs faiblement ou négativement corrélés va permettre d’ob-tenir un portefeuille dont le rendement par unité de risque (excess return / volatilité) va être meilleur que le rendement par unité de risque des actifs qui le composent. C’est le principe de la diversi­fication. Cela fonctionne à la fois entre les classes d’actifs (actions, obligations, monétaire), au sein des classes d’actifs (actions américaines par rapport aux actions européennes ou japonaises), entre les différents styles de gestion (approche Value contre approche Croissance).

L’utilisation de classes d’actifs périphériques comme les matières premières, la gestion alternative, le Private Equity... permet encore d’améliorer le profil rendement-risque des portefeuilles. La construction d’un portefeuille diversifié correspondant au profil de risque de l’investisseur lui garantit donc une rémunération opti­male de ses placements par rapport au risque potentiel.

Quelles sont vos différentes sources de valeurs ajoutées ?

En premier lieu, il s’agit de construire des portefeuilles correspon­dant à un profil de risque donné. Cette construction vise à déter­miner précisément quels poids vont être alloués de manière stra­tégique à la vingtaine d’actifs disponibles. Cette référence n’a pas vocation à être revue fréquemment : elle va au contraire constituer le socle sur lequel va s’appuyer le gérant sur le long terme indé­pendamment du “bruit” des marchés.

Une fois cette référence établie, la gestion tactique va déterminer sur un horizon plus court (3-6 mois) quels sont les actifs qui devront être privilégiés par rapport à d’autres.

L’idée est de mettre en avant des actifs dont le potentiel de per­formance est supérieur au reste du portefeuille en réduisant l’allo-cation sur les actifs qui ont peu de potentiel d’appréciation. Cette gestion tactique doit toutefois être effectuée dans un cadre strict (on parle de limites) dans la mesure où elle ne doit que “défor­mer” l’allocation stratégique et en aucun cas la modifier profon­dément.

Enfin, le gérant va pouvoir prendre un certain nombre de positions à court-terme (moins d’un mois) pour profiter de déséquilibres ponctuels, là encore dans le strict respect de limites déterminées à l’avance et avec un objectif de gain précis. Ces différentes étapes décrivent le process global de gestion d’un portefeuille, et tout gérant doit apporter sa valeur ajoutée à chacune d’entre elles. Le multigérant dispose d’une source supplémentaire de valeur ajou­tée : sa capacité à identifier des gérants capables sur longue pério­de de dégager régulièrement de la surperformance par rapport à leur indice de référence, ainsi que sa capacité à associer dans un portefeuille des gérants au profil complémentaire.

Comment vous y prenez-vous ? Quelle est l’organi-sation type d’une structure de multigestion ?

Parmi les sources de valeur ajoutée ci-dessus, chacune correspond à une fonction précise qui va être confiée à une ou plusieurs per­sonnes. Chez Louvre Gestion, filiale de gestion de HSBC Private 

Bank France, nous disposons d’une dizaine d’analystes de fonds dont la mission est d’identifier et de sélectionner les meilleurs gérants mondiaux sur chaque classe d’actif. Ce travail nécessite des analyses quantitatives et qualitatives, c’est-à-dire un travail poussé de recherche, de comparaison, de revue de la société de gestion, du process d’investissement... Ces analystes sont égale­ment responsables de proposer aux multigérants une allocation de référence, c’est-à-dire un assemblage de fonds spécialisés ayant l’objectif de battre un indice donné (actions américaines, actions européennes, obligations internationales...).

Les multigérants sont responsables de valider la sélection et les propositions d’investissement ; le cas échéant ils les amendent selon leurs vues spécifiques. Ils sont également responsables des décisions d’allocation stratégique, d’allocation tactique, et des décisions opportunistes. In fine, ils sont responsables de leurs performances, et rendent des comptes au contrôle des risques de la société de gestion ainsi qu’à son management.

Revenons sur votre parcours.

Comment êtes vous devenu “multigérant” ?

J’avais à 23 ans un profil de généraliste et des idées pas forcément très claires sur mon parcours professionnel à venir. J’ai suivi aux Mines les cours de l’option Sol et Sous-sols, sans grand rapport avec mon activité actuelle. En fait, à l’issue des mes trois années de formation, je recherchais un domaine d’activité, utilisant à la fois ma formation d’ingénieur et mon profil de généraliste.

Lors du Forum de 3ème année, j’ai rencontré un banquier de la Société Générale qui m’a proposé un cursus à l’Inspection Générale de cette banque, métier me permettant de faire mon choix parmi les divers métiers de l’univers de la Banque. Après le concours, j’ai passé trois ans à enchaîner des missions d’audit et de conseil dans des activités aussi variées que la banque de détail, la banque d’investissement et la gestion d’actifs. C’est à la suite d’une mission dans ce domaine que j’ai choisi de me spécialiser dans l’univers de la gestion. J’ai quitté la Société Générale et rejoint le groupe HSBC, pour prendre la responsabilité d’une équipe d’in-génieurs en charge de l’analyse quantitative, de la modélisation, du contrôle des risques... de l’une de ses filiales.

Après deux ans, j’ai intégré l’équipe de multigestion de Louvre Gestion, filiale de gestion de HSBC Private Bank France, métier que j’exerce maintenant depuis près de trois ans. Pour compléter mes connaissances, j’ai suivi durant ces deux dernières années les cours du CFA(r) Institute, formation américaine reconnue inter-nationalement dans le domaine de la gestion d’actifs.

Quels conseils donneriez-vous à un futur diplômé ?

L’univers de la finance est devenu un univers de spécialistes dans lesquels un profil de généraliste a des avantages et des inconvé­nients. Un spécialiste va avoir la possibilité d’être au top sur un segment étroit d’activité ; ce qui va lui permettre d’avoir un avan­tage compétitif sur ses concurrents mais peut le desservir lorsqu’il souhaite évoluer professionnellement ou lorsque son secteur d’activité n’est plus en vogue. A contrario, un profil de généralis­te va avoir plus de potentiel d’évolution, notamment vers des postes de management, mais ne pourra que rarement rattraper les spécialistes dans son secteur d’activité. Il faut donc choisir assez rapidement sa voie et s’y consacrer entièrement le plus tôt pos­sible pour y être compétitif, tout en conservant au fond de soi une âme de généraliste pour être prêt à évoluer ou à saisir une opportunité. ■

Auteur

Articles du numéro

Commentaires

Commentaires

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Connectez-vous.