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septembre 2020

FLORENT MENEGAUX PRÉSIDENT DU GROUPE MICHELIN

FLORENT MENEGAUX

Diplômé de Paris-Dauphine, il entre chez PwC en 1986. En 1991, il rejoint Exel Logistics France en tant que directeur des services financiers, puis est nommé DG six mois plus tard. Entre 1995 et 1996, il était DG de la branche produits conditionnés de Norbert Dentressangle.

Entré comme directeur commercial Pneus Poids Lourd chez Michelin en 1997, il travaille à l’international de 2000 à 2006. En 2008, il est nommé directeur de la Ligne Produit Tourisme Camionnette et entre au comité exécutif du groupe. Nommé directeur général des opérations en 2014, il devient DG exécutif de Michelin en 2017, puis Gérant Associé Commandité en 2018.

Le 17 mai 2019, il prend officiellement  la succession de Jean-Dominique Senard à la présidence du groupe Michelin, le deuxième à ne pas être issu de la famille Michelin.


“DEMAIN, TOUT SERA DURABLE !”

Florent Menegaux évoque la mobilisation des équipes Michelin au plus fort de la crise sanitaire. Il partage également le futur du groupe Michelin, où tout devra être durable.

Pour répondre à la crise du Covid-19, Michelin a réussi à profondément réadapter une partie de son industrie. Quels sont les secrets d’une réadaptation industrielle aussi rapide?

Nous avons d’abord bénéficié de notre présence internationale. En effet et très tôt, dès la fin 2019, nous avons pu capitaliser sur notre empreinte industrielle en Chine. Forts de cette expérience, nous avons ainsi pu bâtir des protocoles sanitaires stricts et duplicables dans tous les pays où le Groupe est présent. L’expérience chinoise nous a donc permis d’être en avance de phase avant l’expansion de l’épidémie.

Tout au long de la crise, j’ai tenu à fixer deux priorités absolues pour l’ensemble du Groupe: s’assurer de la sécurité de chacun de nos collaborateurs et se pré- parer à redémarrer le plus rapidement et efficacement possible. Cette faculté d’anticipation, liée à notre présence mondiale, nous a permis d’être un Groupe protecteur et réactif face au Covid-19.

Très vite, nous avons compris que nous pouvions également prendre part à la mobilisation collective grâce à nos savoir-faire. Il s’agissait d’apporter notre aide aux équipes soignantes et aux acteurs de l’économie chargés d’assurer les services indispensables dans les différents pays dans lesquels nous sommes présents. De fait, les masques nous sont apparus rapidement comme l’enjeu clé de la reprise du travail. Assurer une production pour tous, en très grande quantité, devenait primordial. L’approvisionnement chinois seul n’était pas suffisant pour répondre aux besoins. C’est la raison pour laquelle nous avons commencé à fabriquer tout type de masques, et même à concevoir des machines de production automatiques. Nos équipes d’ingénierie ont par ailleurs aidé d’autres entreprises à accélérer leur capacité de production ou à définir de nouvelles générations de masques.

Enfin, équipés de laboratoires dans quasiment toutes nos usines, nous nous sommes mis à fabriquer de grandes quantités de gel hydroalcoolique.

Vous avez évoqué la mobilisation de vos équipes d’ingénierie. Celle-ci semble avoir été remarquable, permettant de nombreuses innovations. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?

La mobilisation de tous les talents disponibles dans le Groupe a effective- ment été formidable. Dès notre appel à l’action, nos équipes se sont naturelle- ment engagées. Grâce à nos imprimantes 3D plastique, elles ont pu concevoir et fabriquer des visières en polycarbonate, elles ont également réalisé des billots gonflables pour aider les personnes en réanimation. D’une manière générale, nous avons encouragé chaque salarié à utiliser les moyens de l’entreprise pour faire des actions utiles.

Grâce à la démarche de responsabilisation enclenchée depuis de nombreuses années au sein du Groupe, la réponse de l’ensemble de nos salariés a pu être rapide et efficace. Cette crise a même permis à certains de nos collaborateurs de se révéler. Au-delà des objectifs fixés par le Groupe, les salariés ont développé spontanément, et en toute autonomie, de nombreuses innovations concrètes.

Vous venez de parler des visières en polycarbonate réalisées par vos imprimantes 3D. Michelin est en effet un leader mondial de l’impression 3D. Pourquoi le groupe investit-il dans ce domaine?

L’innovation fait partie de l’ADN du Groupe depuis son origine, c’est même sa raison d’être ! Nous contribuons à améliorer la mobilité de chacun et à la rendre, à terme, plus durable. C’est le défi que nous relevons au quotidien. Le développement des dernières générations de pneumatiques passe dorénavant par la conception de sculptures évolutives. Cette conception, propre à Michelin, permet à nos pneus usés d’être plus efficaces que la plupart de nos concurrents dans certaines conditions. Pour disposer de ces sculptures, nous travaillons des moules d’une génération différente. Seule la technologie 3D permet aujourd’hui d’obtenir ces éléments moulants, à coûts abordables et en très grande quantité.

Depuis toujours, nous souhaitons mettre à disposition nos savoir-faire dans les secteurs où cela est utile. Par le passé, Michelin a fabriqué des avions, des voitures, des trains, car ces technologies étaient celles de l’époque. Aujourd’hui, nous continuons à faire émerger des ruptures technologiques. C’est le cas par exemple de l’hydrogène qui va transformer les perspectives en matière de mobilité. Cette énergie alternative va se développer car elle stocke plus efficacement l’électricité pour les véhicules électriques. Nous sommes convaincus que cette solution sera particulièrement adaptée pour progressivement réduire les impacts environnementaux des moyens de transport de demain. 

C’est la raison pour laquelle nous investissons dans la fabrication des piles à hydrogène depuis maintenant plus de quinze ans.

Votre ambition pour Michelin est que, demain, “tout soit durable”. Pouvez- vous nous en dire plus?

Soyons sûrs d’une chose, le progrès et la technologie ont permis le formidable développement de la population mondiale. Globalement, nous vivons mieux aujourd’hui à sept milliards qu’il y a 300 ans lorsque nous étions un peu moins d’un milliard. Malgré tous ces progrès, il est aujourd’hui nécessaire d’en maîtriser les impacts négatifs : épuisement des ressources naturelles, émissions de CO2… Je suis convaincu que c’est la technologie qui va nous aider à développer les solutions pour y faire face.

Chez Michelin, nous sommes fédérés autour de trois principes absolument complémentaires.

Pour nous, l’entreprise est d’abord un écosystème humain, un corps social qui décide ensemble avec un objectif commun.

Ensuite, l’entreprise est définie par sa capacité à générer du résultat. Elle est tout entière orientée vers la création de valeur. Cela doit se traduire en résultats, pour se donner la capacité de développer des technologies et d’investir pour l’avenir.

Enfin, cette entreprise agit dans un environnement. Elle est contrainte de prélever des ressources pour fabriquer ses produits et ses services. Son objectif est de trouver des solutions pour limiter au maximum les impacts négatifs qu’elle peut engendrer par son activité.

“People, Profit, Planet”, ces trois dimensions sont au cœur de l’action de Michelin ! Ce sont des principes complémentaires que nous voulons faire grandir ensemble. Voilà ce que nous appelons le “tout durable” chez Michelin.

La crise sanitaire sera-t-elle un frein ou un accélérateur pour cette ambition?

La crise a exacerbé les grands défis auxquels l’humanité doit faire face. Le réchauffement climatique, les préoccupations environnementales prennent aujourd’hui une dimension vitale. Pour un groupe comme Michelin, la relance économique est indissociable de la préservation de l’environnement.

En effet, Michelin milite au quotidien pour que croissance économique rime avec développement responsable des personnes et de l’environnement. C’est la raison pour laquelle je me suis engagé personnellement et que j’ai associé récemment le Groupe à différentes tribunes dans la presse en faveur de la croissance durable.

Je crois au progrès. C’est même ce qui guide Michelin depuis sa création. Nous avons un objectif ambitieux de zéro émission dans toutes nos usines d’ici 2050. À cette date, 100 % de nos produits seront également fabriqués à base de matériaux biosourcés, recyclés ou régénérés. Nous sommes très engagés sur ces sujets et c’est très mobilisateur pour les équipes.

Pour atteindre ces objectifs, notre système éducatif français doit s’adapter. Il doit le faire en lien avec les entreprises et préparer pour former aux futurs métiers de l’industrie. Chez Michelin, 50 % des métiers dont nous aurons besoin dans cinq ans n’existent pas encore aujourd’hui. Pour anticiper, Michelin a mis en place un partenariat innovant public-privé en région Auvergne pour attirer les talents et les former aux futurs métiers de demain. Sur ce point, je suis tout à fait confiant, la France a des atouts importants dans le domaine de la formation et je voudrais tout particulièrement saluer l’École des Mines qui forme des gens absolument remarquables!

Auteur

Chef de projet Digital et Innovation chez Artelia. Voir l'autre publication de l'auteur

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