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mai 2015

Financements de projets dans les télécoms

Le financement de projets, outil de financement ini­tialement utilisé dans les secteurs des infrastruc­tures et de l’énergie, s’est depuis quelques années également élargi et adapté au secteur des télécoms.

Dans un financement de projets, les prêteurs sont rembour­sés exclusivement par les flux générés par le projet. Si le pro­jet sous-performe, ils ne pourront pas se retourner contre les actionnaires.

Une fois ces règles posées, l’on comprend que tout actif télécom n’est pas éligible au montage financement de projets. Seuls les actifs générant des flux futurs prévisibles sur une longue durée pourront être financés via cette structure. De plus, un montant d’investissements minimal de 50 à 100 M€ est nécessaire pour justifier la complexité de la structuration et absorber les coûts de mise en place de l’ingénierie finan­cière et des conseils.

Néanmoins, les projets éligibles restent nombreux, d’autant que le secteur des télécoms connaît actuellement un rythme de développement très soutenu. Les projets éligibles sont les PPPs, les Réseaux d’Initiative Publique, les acquisitions de pylones, et les nouveaux projets notamment dans les pays en développement.

Les Partenariats Public-Privés (PPPs)

Dans un PPP, une entité publique confie à un partenaire privé la construction, le financement et l’exploitation d’un projet sur une durée déterminée. En contrepartie, le partenaire privé perçoit un loyer prédéterminé durant la période d’exploitation. À la fin du contrat, les actifs reviennent à la per­sonne publique.

Les principaux PPPs du secteur télécoms ont débuté en France à partir de 2009.

Le PPP GSMR, par exemple, d’un montant de un milliard d’euros, a été signé en 2010 entre RFF et une société ad hoc déte­nue par Vinci, SFR, TDF, et Axa Private Equity (fonds infra­structures). Il porte sur la construction et l’exploitation pen­dant 15 ans d’un réseau de télécommunication ferroviaire sur 14 000 km de voies.

Un autre exemple marquant de ce type de projets est le PPP Universités de Bretagne. Orange a remporté ce projet en 2014, au sein d’un consortium avec Eiffage, la Caisse des Dépôts et Consignations et le fonds infrastructures Fideppp. Le projet porte sur la réalisation, le financement et l’exploitation d’une infrastructure de communication collaborative entre 28 établissements bretons (universités, grandes écoles, labo­ratoires, centres de recherche). Ce campus numérique régio­nal à vocation mondiale prévoit à la fois l’équipement de salles existantes et la construction de quatre bâtiments dédiés. Il a pour but de développer l’enseignement à distan­ce, d’accroître la collaboration entre laboratoires et équipes de recherche, et de développer le rayonnement international de la Bretagne.

Réseaux d’Initiative Publique

La deuxième catégorie de projets qui peuvent être financés via un montage en financement de projets sont les Réseaux d’Initiative Publique - les RIPs.

Les RIPs sont des réseaux construits à l’initiative des collecti­vités locales, dans des zones qui ne sont pas suffisamment denses et donc pas suffisamment rentables pour qu’un opé­rateur y construise un réseau. Dans ce cas, les collectivités peuvent, dans un objectif de développement du territoire, subventionner la construction d’un réseau de fibre via des contrats du type concessif.

Dans ce cadre, le partenaire privé peut prendre en charge la construction, le financement et l’exploitation du réseau durant une période allant de 7 à 40 ans. Selon les contrats, le risque de commercialisation est porté par la collectivité loca­le ou par le partenaire privé.

Jusqu’à présent, les financements de projets sur ces dossiers ont été montés principalement sur des portefeuilles de pro­jets, ou sur des projets en phase d’exploitation, afin de don­ner aux banques plus de confort sur le risque encouru et pour atteindre une taille suffisante en termes de montant de dette. Ainsi, Axione Infrastructures a mis en place un refinan­cement de son portefeuille de projets RIPs via des project bonds, avec l’intervention de la Banque Européenne d’Investissement (BEI).

Pylones

La troisième famille d’actifs telecoms éligibles au finance­ment de projets sont les pylones, les tours sur lesquelles sont installés leurs équipements mobiles. Ce sont des actifs très recherchés par les fonds d’investissement infrastructures car les revenus sont relativement sûrs et peuvent augmenter, si le contrat de location le prévoit, en fonction de l’évolution du trafic provoquée notamment par le déploiement de la 4G. Ainsi, T-Mobile US et AT&T ont vendu les tours sur lesquelles sont installés leurs équipements mobiles. Orange a déjà vendu de nombreuses tours dans ses filiales africaines, mais en France, seul Bouygues a cédé ses pylones.

Pays en développement

Dans les pays en développement, de nombreux projets d’infrastructures sont lancés, et l’on voit actuellement un déve­loppement des financements disponibles sur ces zones. Le fonds infrastructures Meridiam a par exemple lancé un fonds dédié à l’Afrique.

Les projets télécoms concernent notamment les développe­ments de réseaux. Au Bénin par exemple, en plus du projet e-Bénin qui a été financé par la Banque Mondiale, plusieurs réformes ont été initiées par le gouvernement afin d’améliorer le domaine des télécommunications. Ces projets ont pour but de créer un écosystème numérique dynamique afin d’attirer les investisseurs étrangers.

Néanmoins, la structuration sous forme de financements de projets est plus rare dans les pays en développement, où le risque politique doit être examiné avec attention.

En somme, de belles années restent à venir pour le finance­ment de projets dans le secteur des telecoms, à la fois du fait de la croissance du secteur et de la mise en place de struc­tures de financement innovantes et adaptées à ce type d’actifs. ■

Auteur

Depuis 2009 : France Telecom Orange
Senior Manager Financement de projets PPPs

2002 - 2008 : Natixis (IXIS CIB)
Directeur Financements de Projets
Secteurs : Infrastructure, Energie, Energie renouvelable

2001 - 2002 : BNP Paribas, Banque de Financement et d'Investissement
Chef de mission sur le projet Goal, projet international de "cross-selling"

1997 - 2001 : Arthur Andersen (Ernst&Young)
Chef de mission sur des "due diligences" d'acquisition et audit financier de grands groupes industriels

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