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avril 2020

EXPÉDITION POLAIRE ET MANAGEMENT: LES LEÇONS D’AMUNDSEN

Par Olivier Leroy, Coach professionnel – Cabinet Version Originale. Olivier anime régulièrement pour Intermines Carrières l’atelier “Apprivoisez le téléphone pour élargir vos contacts réseau”

Imaginez une situation dans laquelle vous devez atteindre un objectif que personne n’a jamais atteint, dans un environnement hostile duquel vous ne pouvez rien attendre, sans aucune aide possible de l’extérieur. Vous ne pouvez compter que sur le matériel que vous emportez et sur l’équipe qui vous accompagne. Comment managez-vous l’équipe ?


La Maison du Management proposait en janvier une conférence originale, animée par Benjamin Sylvand – coach et négociateur chez Coach-Nego.fr –, qui explore quelques clés du management à travers le prisme inha­bituel d’une expédition polaire. Ou comment tirer de précieux enseignements, pour le management d’une équipe, de l’expédition du Norvégien Roald Amundsen, le premier à atteindre le Pôle Sud le 14 décembre 1911. En cette fin d’année 1911, Amundsen n’était pas seul en lice sur ce projet. En même temps que lui, le Britannique Robert Falcon Scott avait le même objectif : être le pre­mier homme à planter le drapeau de son pays à l’emplacement du pôle géographique.

Le Norvégien Roald Amundsen, premier homme à atteindre le Pôle Sud le 14 décembre 1911.

Or les deux hommes ont fait des choix radicalement différents :

Amundsen a constitué une équipe réduite de 9 hommes, chacun allant au bout de l’expédition, quand Scott a engagé 65 hommes, dont seulement 4 étaient destinés à aller jusqu’au pôle, les autres devant attendre dans des camps de base intermédiaires.

Amundsen a privilégié une logique de “clan”, soudé et homogène, sur un mode “tous pour un, un pour tous”. L’organisation de Scott était beaucoup plus hiérarchisée et militaire.

Chez Amundsen, chacun avait son rôle (un seul médecin, un seul cuisinier...), indispensable à la réussite du groupe, incitant chacun à prendre soin des autres. Dans l’équipe Scott, les rôles étaient moins bien définis, se chevauchant parfois et générant des jalousies.

Amundsen était le premier à montrer l’exemple, à s’investir y compris dans les tâches plus ingrates. L’organisation de Scott prévoyait clairement des dirigeants et des exé­cutants.

Amundsen a su créer des rituels collectifs pour entretenir des liens entre ses hommes et générer des aspérités dans un environnement où les repères s’effacent (jour/nuit, distances ...). Il célébrait soigneusement les anniversaires pour rompre la monotonie, avait emporté des jeux pour chasser l’ennui, avait prévu un cigare à fumer le 24 décembre... Chez Scott au contraire, l’attente et la routine ont fragilisé le collectif.

De gauche à droite, Roald Amundsen, Helmer Hanssen, Sverre Hassel et Oscar Wisting à Polheim, le camp de base installé au pôle Sud le 16 décembre 1911. Le drapeau est celui de la Norvège, la photo est d’Olav Bjaaland.

Scott avait fait développer des équipements spéciaux pour son expédition (vêtements, matériel...), s’appuyant sur les technologies les plus innovantes de son époque, quand Amundsen au contraire a privilégié la tradition : des fourrures, des chaussures, des skis qui équipaient les peuples habitués au froid polaire. Moins seyants, mais bien plus adaptés !

Dans le même registre, Amundsen n’a embarqué que 4 traîneaux, mais 116 chiens pour les tirer, que l’équipage a mangé au fur et à mesure de l’expédition (double usage !). Scott avait 45 traîneaux, 3 traîneaux automobiles qui sont rapidement tombés en panne, 19 poneys Shetland, certes habitués au froid écossais, mais pas au froid polaire, et seulement 34 chiens. Ses hommes ont perdu beaucoup d’énergie à tirer ou pousser eux-mêmes les traîneaux...

L’objectif affiché n’était clairement pas le même : pour Scott il s’agissait d’atteindre le pôle les premiers, ce qui n’était guère motivant pour la grande majorité de l’équipe censée s’arrêter dans les camps de base intermédiaires. Pour les 9 de l’équipe Amundsen, l’objectif était ainsi énoncé : “revenir en Norvège après avoir planté notre drapeau au Pôle”. Plus engageant pour chacun et per­mettant de motiver l’équipe jusqu’au bout.

De cette confrontation remportée par Amundsen, nous pouvons tirer quelques enseignements, non exhaustifs, pour le management d’une équipe projet :

  • Exprimer clairement et régulièrement l’objectif commun partagé
  • Le décomposer en “petits pas” intermédiaires
  • Veiller à la complémentarité de l’équipe, les compé­tences de chacun et leur capacité à les mettre en œuvre dans le contexte donné
  • Valoriser l’apport de chacun au projet collectif
  • Bien choisir son matériel, éprouvé dans les conditions du projet (sinon : “test & learn”)
  • L’exemplarité du chef n’est pas une option
  • Instaurer le respect mutuel et des règles et rituels de vie partagés
  • Célébrer les victoires, même modestes, pour entretenir dynamique et optimisme
  • Ne jamais abandonner : il y a toujours un autre mouve­ment possible.

Il nous reste juste à enfiler moufles et doudoune... 



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